‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 212 sur 454 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ZÉNOBIE, ARSAME.

ARSAME.

Eh quoi !je vous revois ! c'est vous-même, madame! Quel dieu vous rend aux vœux du malheureux ArzÉNOBiE. [same?

Ah ! fuyez-moi, seigneur; il y va de vos jours.

Dût mon pèi'e cruel en terminer le cours, Hélas! quand je vous perds, adorable Isméiiio, Voudrais-je prendre encor quelque part à la vie? Accablé de mes maux, je ne demande aux dieux Que la triste douceur d'expirer à vos yeux. Le cœur aussi touché de perdre ce que j'aime. Que si vous répondiez à mon amour extrême. Je ne veux que mourir. Je vois couler des pleui s ! Madame, seriez-vous sensible ;i mes malheurs ? Le sort le plus affreux n'a plus rien qui ra'étounc.

I ACTE IV, SCÈNE III. i63

ZKNOBIE.

Ah '.loin qu'à voire amour votre cœur s'abandonne, Vous voyez et mon trouble et l'état où je suis. Seigneur, ayez pitié de mes mortels ennuis : Fuyez; n'irritez point le tourment qui m'accable. Vous avez un rival, mais le plus redoutable. Ah ! s'il vous surprenait en ce funeste lieu, J'en mourrais de douleur. Adieu, seigneur, adieu. Si sur vous ma prière eut jamais quelque empire. Loin d'en croire aux transports que l'amour vous ARSAME. [inspire...

Quel est donc ce rival si terrible pour moi? En ai-je à craindre encor quelque autre que le roi .'

ZÉNOBIE

Sans vouloir pénétrer un si triste mystère, N'en est-ce pas assez, seigneur, que votre père? Fuyez, prince, fuyez; rendez-vous à mes pleurs: Satisfait de me voir sensible à vos malheurs. Parlez, éloignez-vous, trop généreux Arsame.

ARSAUE.

Un infidèle ami trahirait-il ma flamme?

Dieux! quel trouble s'élève en mon cœur alarmé I Quoi! toujours des rivaux, et n'être point aimé ! Belle Israénie, en vain vous voulez que je fuie ; Je ne le puis, dussé-je en perdre ici la vie. Je vois couler des pleurs qui ne sont pas pour moi I Quel est donc ce rival? Dissipez mon ell'roi. D'où vient qu'en ce palais je vous retrouve encore? Me refuserait-on un secours que jimplore? Les perfides Romains m'ont-ils manqué de foi? Ah! daignez m'éclaircir du trouble où je vous vois. Parlez, ne craignez pas de lasser ma constance. Quoi ! vous ne rompez point ce barbare silence? Tout m'abandonne-l-il en ce funeste jour? Dieux! est-on sans pitié, pour être sans amour?

ZÉNOBIE

Eh bien ! seigneur, eh bien ! il faut vous satisfaire ; Je me dois plus qu'à vous cet aveu nécessaire. Ce serait mal répondre à vos soins généreux. Que d'abuser encor votre amour malheureux. Le sort a disposé de la main d'Isménie.

ARSAME.

Juste ciel!

ZÉNOBIE

Et l'époux à qui l'hymen me lie '

170 P.nADAMISTE ET ZÉNOBIE. r-

Est ce même Romain dont vos soins aujourd'hui Ont imploré pour moi le secours et l'appui.

ARSAME.

Ah î dans mon désespoir, fût-ce César lui-même..,

ZÉNOBIE

Calmez de ce transport la violence extrême. Mais c'est trop l'exposer à votre inimitié. Moins digne de courroux que digne de pitié, C'est unrival, seigneur, quoique pour vous terrible, Qui n'éprouvera point votre cœur insensible. (Jui vous est attaché par les nœuds les plus doux, Rhadamiste, en un mot.

ARSAME.

Mon frère?

ZÉNOBIE

Et mon époux.

ARSAME.

"Vous Zénobie ? ô ciel ! était-ce dans mon âme Où devait s'allumer une coupable flamme? Après ce que j'éprouve, ah! quel cœur désormais Osera se flatter d'être exempt de forfaits? Madame, quel secret venez-vous de m'apprendre ! Réserviez-vous ce prix à l'amour le plus tendre?

ZÉNOBIE

J'ai résisté, seigneur, autant que je l'ai pu ; Mais, puisque j'ai parlé, respectez ma vertu. Mon nom seul vous apprend ce que vous devez faire ; Mon secret échappé, votre amour doit se taire. Mon cœur de son devoir fut toujours trop jaloux... Quelqu'un vient. Ah! fuyez, seigneur; c'est mon

[époux.

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