‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 238 sur 454 · MIRAME · texte numérisé non relu

MIRAME

Seigneur.vous n'êtes plus dans ces camps où vos pas N'avaient d'autres témoins que les yeux des soldats. Agénor y voyait Ténésis sans contrainte ; Le courtisan oisif n'y causait nulle crainte; La reine, dont la guerre occupait tous les jours, A vos amours d'ailleurs laissait un libre cours : Mais c'est ici qu'il faut dans le fond de votre âme Renfermer les transports d'une indiscrète flamme. Sémiramis, en proie à la plus vive ardeur, Laisse trop voir le feu qui dévore son cœur, Pour oser vous flatter de tromper sa tendresse. Songez à quels périls vous livrez la princesse.

AGÉNOR

Je ne le sais que trop, et c'est le seul effroi Qui de tant de dangers soit venu jusqu'à moi; D'autant plus alarmé, que, déjà las de feindre, Mon cœur n'est point nourri dans l'art de se con-

[traindre.

Mirame, tu connais jusqu'où va mon malheur; Et tu peux condamner l'excès de ma douleur! Cieux cruels, fallait-il prendre tant de vengeance De l'Qubli d un serment juré dans mon enfance?

4 96 SÈMIRAMIS.

Mais qu'ai-je à redouter et qu'importe à mes feuX Que la reine en courroux se déclare contre eux ? Ce n'est pas sous ses lois que le ciel m'a vu naître; Et l'Amour jusqu'ici n'a point connu de maître. J'avouerai cependant que l'éclat de ces lieux A plus ému mon cœur qu'il n'a frappé mes yeux. Je ne sais, mais l'aspect des murs de Babylone M'a rempli tout à coup d'un trouble qui m'étonne : Quoi que m'inspire enfin leur redoutable aspect, Ces lieux n'ont rien qui doivent exciter mon res-

[pect :

A la reine, en un mot, nul devoir ne m'engage; Ses bienfaits, quels qu'ils soient, sont dus à mon

[courage.

C'est assez que ce jour m'ait vu déclarer roi. Pour ne vouloir ici dépendre que de moi. Souffre que j'en excepte une princesse aimable, Quisoumitd'uncoupd'œiluncourageindomptable, Qui peut-être aurait moins fait pour Sémiramis, Si le sort à mes yeux n'eût offert Ténésis. Mais je la vois; vers nous c'est elle qui s'avance. Laisse-moi seul ici jouir de sa présence. Prends garde cependant que la reine en ces lieux Ne trouble un entretien qui m'est si précieux.

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