ACTE III, SCENE IV. 2 H
Triste et désespéré de vos premiers refus. Et d'un illustre hymen moins touché que confus, J'allais quitter ces lieux malgré ma foi promise, Honteux qu'à mon dépit la reine l'eût surprise : Mais, seigneur, c'est assez, pour m'attacher ici, Que de tous vos complots vous m'ayez éclairci. Votre sœur en moi seul a mis son espérance : Fallût-il de mon sang payer sa confiance, Aux plus affreux dangers vous me verrez courir, Sans donner à l'amour seulement un soupir.
BÉLUS
Courez donc immoler Ténésis elle-même, Une princesse encor qui peut-être vous aime : Car enfin, à juger de son cœur par le mien, Mon penchant doit assez vous répondre du sien. Mais votre cœur se fait une gloire sauvage De refuser du mien un si précieux gage. [mer, Mon fils (d'un nom si doux laissez-moi vous nom- Et dans ses soins pour vous mon cœur se confirmer), Une fausse vertu vous flatte et vous abuse ; Au véritable honneur votre cœur se refuse. Fait-il donc consister sa gloire à protéger Des crimes dont déjà vous m'auriez dû venger?
AGÉNOR
Voyez où vous emporte une aveugle colère. Eh! qui défends-je ici? La sœur contre le frère. Votre cœur croit en vain l'emporter sur le mien : Malgré tout mon amour, je n'écoute plus rien. Mais, si l'on en voulait à voire illustre tète, Ma main à la sauver n'en sera pas moins prête. Entre la reine et vous, juste, mais généreux, Je me déclarerai pour les plus malheureux. Adieu, seigneur: je sens que ma vertu chancelle, Et j'en dois à ma gloire un compte plus fidèle. Je ne vous cache point ma faiblesse et mes pleurs; Mon cœur est déchiré des plus vives douleurs : Mais il faut mériter, par un effort sublime. S'il ne m'aime, du moins que le vôtre m'estime. Vous pouvez vous flatter, malgré votre courroux, Que vous m'avez rendu plus à plaindre que vous.
212 SEHIRAMIS.