‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 284 sur 454 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

CATILINA, FULYIE, PROBUS.

CATILINA

Probus, où sommes-nous? et qu'est-ce que je voi? (Juel opprobre pour Kome! et quel afîront pour moi! C'estauxyeux du sénat, auxmiens, qu'une Romaine, xVu mépris des devoirs où son sexe l'enchaîne. Sous un déguisement fait pour de vils humains, S'en va déshonorer le premier des Romains, De ses folles erreurs le rendre la victime. Sans daigner seulement s'éclaircir de son crime ! Et, lorsque tout conspire à me justifier. Sa jalouse fureur veut me sacrifier!

Eh! quel était le but où ma valeur aspire? Pour qui voulais-je ici conquérir un empire? Est-ce pour Cicéron. l'objet de mon courroux, Lui que je voudi'ais voir expirer sous mes coups? Non ; c'est pour une ingrate à qui je sacrifie Ma gloire, mon devoir, et le soin de ma vie.

F ULVIE.

Poursuis, Catilina : le reproche sied bien

A des cœurs innocents et purs comme le tien ;

2 46 CATILINA

Mets dans l'art de tromper, ta sfcience suprême, Tu m'en as trop appris pour me tromper moi-même. Va, cesse d'éclater sur mon déguisement; Tout, jusqu'à ton courroux, est taux en ce moment. Égorge Cicéron aux yeux de sa famille, Je ne t'en croirai pas moins épris de sa fille. Ce n'est pas d'aujourd'hui que tu sais allier La vertu, les forfaits, l'amant, le meurtrier; Et, TuUie à tes yeux fùt-elle encor plus chère, Rien ne garantirait la tête de son père. Mais de quoi te plains-tu? quel est mon attentat? Est-ce moi qui prétends t'accyser au sénat? De l'espoir d'être à toi ma tendresse enivrée A tes lâches complots ne m'a que trop livrée. Songe que tu me dois et Césa^ et Crassus, Les enfants de Sylla, Cépion, Lentulus.

Cruel! j'aurais voulu que tout ce qui respiré Eût été comme moi soumis à ton empire. Mais, tandis que pour toi je séduisais les cœurs, Tu préparais au mien le comble des horreurs; Et le tien, trop épris des charmes de Tullie, A bientôt oublié ce qu'il doit à Fulvie. Cependant, qui de nous s'arme ici contre toi? C'est elle qui te perd, ingrat; ce n'est pas moi. Il est vrai qu'en son cœur j'ai voulu te détruire ; Mais c'est là seulement qu'attachée à te nuire, Contente de pouvoir vous désunir tous deux, Je n'ai rien oublié pour te rendre odieux. Eh! pouvais-je prévoir que l'honneur chimérique De sauver les débris d'un nom «le république Porterait une amante à perdrn son amant? Mais, pour t'en garantir, je ne veux qu'un moment. Abandonne à mon cœur le soin de ta défense. Je ne sais s'il te doit ou tendresse ou vengeance; Je ne veux sur ce point nul éclaircissement Qui puisse triompher d'un plus doux mouvement. Mais, par un désaveu, soutire que j'humilie A l'aspect du sénat l'orgueilleuse tullie. Son cœur est désormais indigne de ta foi.

CATILINA

Tullie, en me perdant, se rend digne de moi; Et vous, qui prétendez me sauver par un crime, Vous ne méritez plus mes vœux ni mon estime. C'est au sénat qu'il faut m'acciiser aujourd'hui : Je ne redoute rien ni de vous ni de lui.

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