‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 303 sur 454 · CÉTHÉGUS · texte numérisé non relu

CÉTHÉGUS

Aucun d'eux : nous pouvons agir en assurance. Du sang de Nonius avec soin recueilli, Autour du vase affreux dont il était rempli. Au fond de ton palais j'ai rassemblé leur troupe. Tous se sont abreuvés de cette horrible coupe , Et, se liant à toi par des serments divers, Semblaient dans leurs transports défier les enfers. De joie et de frayeur mon âme s'est émue. César, le seul César s'est soustrait à leur vue.

CATILINA

César n'a pas besoin de serments avec moi, Et son ambition me répond de sa foi.

Pourtoi, que de ma part rien ne devraitsurprendre, Qui sur unregard seul aurais dûmieuxm'entendre, Apprends que Manlius voulait nous perdre tous, Et qu'un moment pkistard c'en était fait de nous. Manlius autrefois soupira pour Fulvie; Corrompu par ses pleurs ou par sa jalousie, Le perfide courait nous vendre à Cicéron : Mais, d'un dessein si lâche informé par Céson, Un instant m'a suffi pour prévenir le crime. Ma main fumait encor du sang de la victime. Quand tu m'as vu paraître au milieu du sénat, Qui pourra, s'il apprend ce nouvel attentat. Croire qu'en sa faveur je l'ai commis peut-être. Et que pour le gagner je l'ai défait d'un traître. Au reste, ne crains rien des frivoles récits Dont je viens d'effrayer de timides esprits, Qu'il fallait exciter par de feintes alarmes, Si je veux les forcer de recourir aux armes. Ne pouvant sans nous perdre armer un seul guerrier, Si le sénat tremblant n'eût armé le premier. Quel triomphe pour moi, dans ce péril extrême, De le voir pour ma gloire armé contre lui-même! Des postes différents, faussement indiqués.

270 CATILINA

Qui selon mon rapport pourraient être attaqués, Aucun ne me convient ; mais il faut par la ruse Disperser les soldats d'un sénat qu'elle abuse. Prends garde cependant qu'à des signes certains On puisse distinguer nos soldats des Romains. Le palais de Sylla, notre plus fort asUe, Pourra seul plus d'un jour tenir contre la ville. Céson, de Manlius devenu successeur, Avec sa légion doit servir ma fureur.

Je ne crains que Rufus, préfet de six cohortes Pleines de vétérans qui défendent les portes. Rufus n'a de soutien ni dami que Caton, Et je n'ai convaincu ni lui ni Cicéron. Si Rufus, dont je crains le courage et l'adresse, Pénètre les complots où Céson s'intéresse, Rufus tentera tout, la force ou les bienfaits, Pour regagner Céson, ou rompre ses projets : C'est l'unique moyen de tromper notre attente. Mais ce péril nouveau n'a rien qui m'épouvante î Les dangers que pour moi j'ai laissés entrevoir. Malgré tant d'ennemis, me flattent de l'espoir Qu'en des pièges nouveaux je pourrai les surprendre» Soit pour s'en emparer, ou soit pour le défendre. Autour de mon palais ils vont tous accourir : Que ce soit pour ma perte ou pour me secourir, Nos premiers sénateurs viendront le reconnaître ; Cicéron et Caton s'y trouveront peut-être. Que ce moment me tarde ! et qu'il me serait doux De pouvoir d'un seul coup les sacrifier tous! Adieu, cher Célhégus; je vais revoir TuUie.

CÉTHÉGDS.

C'est elle qui nous perd.

CATILINA

Crois-tu que je l'oublie?

Je veux, pour l'en punir, employer à mon tour Aux plus noirs attentats ses soins et son amour. Va, ce n'est point à moi, dès qu'il s'agit d'offense, Que l'on doive donner des leçons de vengeance; De ce soin sur mon cœur tu peux te reposer : C'est aujourd'hui qu'il faut tout perdre et tout oser. Je vais solliciter la défense des portes, Et l'ordre d'y placer de nouvelles cohortes, Sur le prétexte vain de quelque affreux projet Dont je puis avoir seul pénétré le secret. Ce n'est pas tout : je veux par TuUie elle-même

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