ACTE II, SCÈNE V
Touché de mes remords, attendri par mes larmes, Si Darius eniin, objet de tant d'ardeur, De mes premiers dédains oubliant la rigueur, Daignait en ce moment me confirmer lui-même Qu'on ne m'abuse point quand on me dit qu'il
[m'aime!
Mon cœur, toujours tremblant sur un espoir si doux, Ne veut tenir, seigneur, cet aveu que de vous. Quoi! vous baissez les yeux! Dieux ! quel affreux
[silence !
Qu'ai-je dit? où m'emporte une vaine espérance?
DARIDS.
Qelie fureur nouvelle, agitant tous les cœurs, A donc pu les remplir de si t/;istes erreurs? Ai-je bien entendu, Barsine? <3sl-ce vous-même Qui méprisez pour moi l'éclat du diadème? Vous qui, de tant d'amour dédaignant les trans- BARSiNE. [ports...
Ah ! ne redoublez point ma honte et mes remords. Cessez de rappeler des injures passées Que mes larmes, seigneur, n'ont que trop effacées. Mais vous, qui m'accablez d'un reproche odieux. Sans daignerseulement tourner sur moi les yeux, Parlez : méritez-vous mon amour ou ma haine? Le roi m'abuse-t-il d'une espérance vaine ? Comme il me l'a promis, serez-vous mon époux ? Dois-je enfin vous aimer, ou me venger de vous? DARIUS. [tendre
Grands dieux! ce que j'ai vu, ce que je viens d'en- Pouvait-il se prévoir et peut-il se comprendre? Chaque mot, chaque instant redouble mon eti'roi. Ah! quel aveu, madame, exigez-vous de moi? Peu digne de vos feux et de votre vengeance, Pourquoi me forcez-vous à vous faire une oHense? Mais je fus trop longtemps soumis à vos attraits Pour vouloir vous tromper par d'indignes secrets : Darius, ennemi d'une injuste contrainte.
Ne sait point en esclave appuyer une feinte. Contre un fils malheureux Xerxès peut éclater; Mais si de notre hymen il a pu vous flatter. Madame, il vous a fait une mortelle injure. Il ne peut nous unir sans devenir parjure. Lui-même, àmon départ, confident d'aulres feux, Des sermentsles plus saints a scellé tous mesvœux. Enfin c'est Ameslris,pour aui mon cœur soupire,
S98 XERXË8.
Qui daigna m'accepter sortant de votre empire... Je la vois ; quel bonheur la présente à mes yeux i
BARSINE.
Ah! c'en est trop, cruel : je te laisse en ces lieux Signaler de tes soins l'inconstance fatale. Cependant, tremble, ingrat ; je connais ma rivale»
(Elle sort.)