‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 353 sur 454 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

ARTAXERXE, DARIUS, AMESTRIS.

ARTAXERXE

Sur des avis secrets, peu suspects à ma foi, En vain je m'attendais à voir ce que je voi. Au milieu de la nuit une telle entrevue, En des lieux si sacrés, était si peu prévue, Que, malgré le courroux dont mon cœur est saisi, J'ai peine à croire encor ce que je vois ici. Depuis quand aux humains ces lieux inaccessibles Prêtent-ils aux amants des retraites paisibles? Ignore-t-on encor que ce lieu redouté Est le séjour du trône et de la majesté? C'est pousser un peu loin l'audace et l'imprudence, Que d oser de vos feux lui faire confldence. Qui jamais eût pensé qu'un prince vertueux, Devenu moins soumis et moins respectueux. N'écoutant désormais qu'un désespoir injuste, Eût osé violer une retraite auguste. Braver son père, avoir un odieux recours A ceux qu'il a chargés de veiller sur ses jours? Avec un tel appui, que prétendez-vous faire? Qui vous fait en ces lieux mettre un pied téméraire?

DARIUS

Cesse de t'informer où tendent mes projets. Et ne pénètre point jusque dans mes secrets. Crois-moi : loin d'abuser d'un? injuste puissance, Ingrat, ressouviens-toi des droits de ma naissance ; Qu'à moi seul appartient celui de commander.

ARTAXERXE

Je crains bien qu'en effet l'espoir d'y succéder, Déguisant dans ton cœur la fureur qui te {iuide. Ici, moins qu'un amant, n'ait conduit un perfide. Si tu n'avais cherché qu'à revoir Amestris, Ce n'est pas dans ces lieux que je t'aurais surpris ; L'amour ne cherche pas un si terrible asile. D'ailleurs à ce mystère Artaban inutile N'eût pas été choisi pour servir tes amours. On a bien d'autres soins avec un tel secours. D'où vient que ce palais, devenu solitaire. Se trouve dépouillé de sa garde ordinaire?

3 20 XERXÈS

Je n'entrevois ici que projets pleins d'horreur.

DARIUS

Ah! c'est trop m'outrager; il faut qu'à ma fureur...

A.MESTRIS.

Arrêtez, gardez-vous d'oser rien entreprendre. Je ne sais quelle voix vient de se faire entendre; Mais d'etfroyables cris sont venus jusqu'à moi: Tout mon sang dans mon cœur s'en est glacé d'effroi.

ARTAXEKXË.'

Tremble ; c'est à ce bruit, qui t'annonce mon père, Qu'il faut... Va, malheureux, évite sa colère. Que vois-je? quel objet se présente à mes yeux? Artaban, est-ce vous?

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