ACTE IV, SCÈNE VII
Qui peut m'avoir conduit jusqu'à ce lit sacré, Du reste des moilels, hors toi seul, ii^noié, Dont n'aurait pu m'instruire une faible lumiOre?
ARTABAN
Que sais-je? Le destin ennemi de ton père.
AMESTRIS, à Artaxerxe.
Ah! seigneur, c'en est trop; et mon cœur irrité Ne peut, sans murmurer de cette indignité, Voir le vôtre souffrir qu'avec tant d'insolence Un traître ose à mes yeux opprimer l'innocence; Que, la main teinte encor du sang qu'il fit couler, De sa fausse douleur prêt à vous aveugler, II ose de son crime accabler votre frère, Sans exciter en vous une juste colère.
Il ne vous reste plus, crédule et soupçonneux, Que de nous parlager un crime si honteux.
DARIUS
Ah! madame, souffrez que ma seule innocence Se charge contre lui du soin de ma défense.
(a Artaban.)
Pour convaincre de crime un prince tel que moi, Malheureux! il faut bien d'autres témoins que toi. Tu n'es que trop connu.
ARTABAN
J'ai voulu voir, barbare, Jusqu'où pourrait aller une audace si rare; Mais sous tes propres coups il te faut accabler. Regarde, si tu peux, ce témoin sans trembler.
(li lui montre bod poignard.) DARIUS.
Grands dieux !
ARTABAN
Voyez, seigneur, voyez ce fer perfide, Que du sang de son père a teint le parricide, Encor tout dégouttant de ce sang précieux Dont l'aspect tait frémir la nature et les dieux. Roi des rois, c'est à toi que ma douleur l'adresse: Armes-en désormais une main vengeresse; Efface, en le plongeant dans son perfide sein, Ce qui reste dessus du crime de sa main.
DARIUS
Je demeureinterdit. Dieux puissants, quoi llafoudre Ne sort pas de vos mains pour le réduire en poudre? Ah! traître, oses-tu bien employer contre moi Ce fer que l'amour seul a pommis à la foi?
3t4 XERXÈS.
Barbare, c'était donc à ce funeste usage Que la main réservait un si précieux gage! Prince, Je n'ai besoin, pour me justifier, Que de ce même fer qu'il s'est fait confier. 11 a feint qu'Amestris...
ARTAXERXE
Ah! misérable frère.
Malheureux assassin de ton malheureux père, Que peux-tu m'opposer qui puisse dans mon cœur Balancer ce témoin de ta noire fureur?
Juste ciel! se peut-il que de tels sacrifices De mon règne naissant consacrent les prémices ?
C'en est fait, ie succombe; et mon cœur abattu Contre tant de malheurs se trouve sans vertu.
AllESTRIS.
Défends-toi, Darius; que ton cœur se rassure : L'innocence a toujours confondu l'imposture. C'est un droit qu'en naissant elle a reçu des dieux, Qui partagent l'affront qu'on te fait en ces lieux.
DARIUS
Je n'en ai que trop dit; et la fière innocence Souffre malaisément une longue défense.
Quoi! vous voulez, madame, encor m'humilier Au point de me forcer à me justifier!
De quel droit mon sujet, paré d'un plus haut titre, Du destin de son roi deviendra-t-il l'arbitre? Né le premier d'un sang souverain en ces lieux, Je ne connais ici de juges que les dieux.
ARTAXERXE
Ne crains pas qu'abusant du pouvoir arbitraire Ton frère de ton sort décide en téméraire : Du sang de tes pareils on ne doit disposer, Qu'au poids de la justice on ne l'ait su peser. Tout parle contre toi ; mais telle est la victime. Qu'il faut aux yeux de tous la convaincre de crime. Pour en décider seul mon cœur est trop troublé.
(a Artaban.)
Allez; que par vos soins le conseil rassemblé Se joigne en ce moment aux mages de la Perse: C'est sur leurs voix que doit prononcer Ailaxerxe. Consultons sur ce point les hommes et les dieux.
(Aux personnes de sa suite.)
Vous, observez le prince, et gardez-le en ces lieux.