‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 366 sur 454 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

DARIUS, ARTAXERXE, AMESTRIS, BARSINE,

GARDES

BARSINE.

Arrête, Darius; arrête, roi des rois; Et sois, en frémissant, attentif à ma voix. La justice du ciel, lente, mais toujours sûre. S'est lassée à la fin d'appuyer l'imposture. Apprends un crime affreux qui te fera trembler... Mais ce n'est pas à moi de te le révéler; Tu n'apprendras que trop une action si noire. C'est pour m'en épargner l'odieuse mémoire. Pour n'en point partager et l'horreur et l'affront. Que ma main a fait choix du poison le plus prompt. Tout ce qu'en ce moment Barsine te peut dire. C'est qu'elle est innocente, et qu'Artaban expire. Tissapherne qui vit, quoique prêt à mourir. Complice du forfait, peut seul le découvrir.

(a Darius.)

Adieu, prince; je meurs à plaindre, mais contente D'avoir pu conserver une tête innocente : Heureuse d'effacer, dans ces tristes moments, Ce qu'un père cruel t'a causé de tourments!

DARIUS

Achevez, justes dieux, d'éclairer l'innocence; Mais ne vous chargez point du soin de ma vengeance.

ARTAXERXE

Qu'ai-je entendu, mon frère? et que dois-je penser?

A m'aimer, à me plaindre, et ne plus m'offenser;

33 4 XERXÉS.

Et si quelque soupçon peut encor te séduire,

Tissapherne parait qui pourra le détruire. Daigne l'interroger.

TISSAPHEBNE, aux gardes.

Vos soins sont superflus:

Barbares, laissez-moi; je ne me connais plus... Que vois-je? Darius! Ah! prince magnanime, Quej'ai craint de vous voir succomber sousle crime ! Quoi! vous vivez encor! mes vœux sont satisfaits: Le ciel, sans m'effiayer, peut frapper désormais. Je ne craignais, seigneur, que de voir l'imposture Triompher aujourd'hui d'une vertu si pure ; Mais puisque vous vivez, quel que soit mon forfait, Je vais en ce moment l'avouer sans regret. C'est Artaban et moi dont la fureur impie Du malheureux Xerxès vient de trancher la vie. Séduit par les projets d'un odieux ami. Contre la majesté par l'ingrat atïermi.

Sur quelque vain espoir aux forfaits enhardie Ma main a seule ici servi sa perfidie. Il prétendait régner, et vous perdre tous deux : Mais, craignant de ma part des remords dangereux, Il en a cru devoir prévenir l'injustice. Et le traître n'a lait que hâter son supplice. Je viens de l'immoler aux màues de mon roi.

ARTAXERXE

Penses-tu par sa mort t'acquitter envers moi?...

TISSAPHERNE

Je ne sais si son sang pourra vous satisfaire; Mais je puis sans péril braver votre colère. Dans l'état où je suis, je ne crains que les dieux.

(On emporté Tissapherne.) ARTAXBBXE.

Que je dois désormais te paraître odieux! [mages, Ah! mon cher Darius, par quels soins, quels hom- Pourrai-je dans ton coîur réparer tant d'outrages?

DARIUS

Seigneur, vous le pouvez : rendez-moi le seul bien Qui puisse désarmer un cœur comme le mien.

ARTAXERXE

Si sur le moindre espoir je pouvais y prétendre» Ce bien n'est pas celui que je voudrais te rendre; J'en connais trop le prix : mais, malgré mon ardeur, Prince, je ne sais pas tyranniser un cœur. Dès qu'on a pu porter l'amour de la justice

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