‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 373 sur 454 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

GLAUCIAS, HÉLÉNUS, CYNÉAS.

HÉLÉNDS, à Cynéas.

Allez, cher Cynéas; laissez-nous un moment.

GLAUCIAS.

Approchez, Hélénus; venez, fils magnanime, Unique espoir d'un roi que le destin opprime. Voici le jour cruel marqué par sa fureur Pour éclairer ma honle ou me percer le cœur. Il faut livrer Pyrrhus ou perdre votre frère, Et je ne puis livrer qu'une tête bien chère.

HÉLÉNUS

Je ne dois point parler en faveur de Pyrrhus, Ni prononcer, seigneur, sur le sort d'IUyrns : Je vois que tous les deux vous tiennent en balance, Et je dois sur tous deux observer le silence. L'un ne m'est pas connu, mais il a votre foi ; L'autre doit mètre cher, mais doit être mon roi : Et je ne puis servir ni perdre l'un ou l'autre. Sans trahir mon honneur, ou sans blesser le vôlro; Sans me rendre, seigneur, suspect d'ambition, Ou sans vous conseiller une indigne action. Un roi né généreux, un père né sensible Peut lui seul prononcer sur un choix si terrible, Où l'honneur et le sang doivent seuls vous guider, Où le père et l'ami doivent seuls décider. Daignez me dispenser d'en dire davantage

3 41 PYRRflDS.

Sur ces combats affreux où votre cœur s'engage* Seigneur, dès qu'it^ s'agit de si grands intérêls, Hélénus craint surtout les reproches secrets. J'avouerai cependant que ce Pyrrtius m'étonne: Est-il digne des soins qu'un si grand roi se donne? Vous faites tout pour lui: que fait-il donc pour vous? Et quel déguisement le cache parmi nous? Peut-il être, en ces lieux, si voisin d'un perfide. Sans le sacrifier aux mânes d'.Eacide, Sans faire pour mon frère un généreux effort? Un descendant d'Achille a-t-il peur de la mort?

GLAUCIAS.

Mon fils, n'insultez point au malheur qui l'opprime : Pyrrhus n'en est pas moins digne de noire estime. Dans l'état où je suis, pourrail-il me venger Sans mettre mon honneur et mes jours en danger? Le fier Lysimachus nous tient tous pour otages. Mais ma foi suffisait sans ces précieux gages : Mon ennemi lui-même ose s'y confier, Sûr qu'à sa foi mon cœur sait tout sacrifier. Adieu; je vais revoir ce tyran que j'abhorre, Le fléchir s'il se peut, ou le tenter encore. Que n'offrirai-je point pour Pyrrhus et mon fils? Mon cœur pour les sauver ne connaît point de prix*

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