‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 426 sur 454 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

TUF.LTE, OCTAVE.

TULLIE

Tandis que pour lui seul je venais en ces lieux, Cicéron tout à coup disparaît à mes yeux: Je n'en ai pas moins vu qu'une peine mortelle Accablait son grand cœur d'une douleur nouvelle. Se peut-il qu'un objet si digne de pitié Ne puisse triompher de votre inimitié?

Languissant, malheureux, sans amis, sans défense, Aurait-il de César essuyé quelque offense? J'ai vu que tout en pleurs il s'éloignait de vous, Et vos yeux sont encore enflammés de courroux.

OCTAVE

Si les vôtres daignaient lire au fond de mon âme, Dsseraientpeutroublésducourrouxquil'enflamme, Et VOUS jugeriez mieux des sentiments d'un cœur Digne de s'enflammer d'une plus noble ardeur. Quelque haine que fasse éclater votre père. Pour oser le haïr sa fille m'est trop chère. Je n'oublierai jamais qu'en vous donnant le jour, C'est à lui que je dois l'objet de mon amour. Ah! loin de l'outrager, c'est Cicéron lui-même Qui venge ses chagrins sur un cœur qui vous aime Plus il est malheureux, plus je m'attache à lui, Surtout depuis qu'il n'a que moi seul pour appui. C'est pour lui conserver et les biens et la vie Que j'arme contre moi la cruelle Fulvie. Lorsque César enfin s'offre pour votre époux, Cicéron estencor plus injuste que vous.

TULLIE

Je vous croyais toujours l'époux de Scribonie ; Mais avec vos pareils malheur à qui s'allie! A vous voir d'un hymen nous imposer la loi On croirait que César peut disposer de moi; Et qu'au mépris des lois, au défaut du divorce, Il peut quand il voudra m'obtenir par la force; Et qu'enfin, au-dessus d'un citoyen romain, Il veut de ses amours traiter eu souverain.

Page 1