ACTE m, SCÈNE III
Pour croire qu'à tout autre il serait défendu?
OCTAVE
En des lieux où je crois pouvoir parler en maître. Sans mes ordres exprès on ne doit point paraître, Et surtout un Gaulois. Qu'il retourne en son camp ; C'est parmi ses soldats qu'il trouvera son rang.
Depuis quand sommes-nous sous ton obéissance, Pour oser me parler avec tant d'arrogance? Le sort de mes pareils ne dépend point de toi ; Je ne relève ici que des dieux et de moi. Aux lois du grand César nous rendîmes hommage ; Mais ce ne fut jamais à titre d'esclavage. Comme de la valeur il connaissait le prix, Il estimait en nous ce qui manque à son flls. Sans le fer des Gaulois, le César qui me brave Eût vu borner sa gloire au simple nom d'Octave.
OCTAVE
Qu'entends-je? Holà, licteurs!
TULLIE
César, modère-loi.
Apprends que ce guerrier est ici sur ma foi, Sur celle des Romains, dont tu n'es pas le maître, Malgré tous les projets que tu formes pour l'être. Si tu le plains de lui, pourquoi l'oulrageais-tu? Penses-tu n'outrager que des cœurs sans vertu"' S'il te faut des garants, je réponds de la sienne; Commence à nous donner des preuves de la tienne. Si de l'humanité tu méconnais la voix, Des peuples alliés respecte au moins les droits. Sois humain, généreux, et cesse de proscrire, Si tu veux sur les cœurs l'établir un empire. L'art de se faire aimer et celui de régner Sont deux arts que ton père aurait dû l'enseigner. Mais en vain tu prétends livrer à ta vengeance Un guerrier qui n'est point soumis à ta puissance : Jusqu'au dernier soupir je défendrai ses jours.
OCTAVE
Ingrate, qui des miens voulez trancher le cours, Et de mes ennemis me rendre la victime. Vous justifiez trop le courroux qui m'anime. Ce n'est pas d'aujourd'hui que cet audacieux, Qui ne veut relever que de vous et des dieux, Dans ses divers complots plus ardent que vous- Brave des triumvirs l'autorité suprême. [même,
410 tE TRIUMVIRAT.
Je sais qu il a sauvé Messala, Mélellus, Lucilius, Pison, les fils de Lentulus : Mais, malgré sou orgueil, je lui ferai connaître Que je puis à mes lois l'immoler comme un traître.
SEXTOS.
En sauvant tes proscrits, j'ai fait ce que j'ai dû : Ton père en pareil cas eût loué ma vertu. Toi-même, applaudissant à mes soins magnanimes, Tu devrais me louer de l'épargner des crimes. Et rougir, quand tu crois être au-dessus de moi, Qu'un Gaulois à tes yeux soit plus Romain que toi. Viole nos traités, punis-moi d'aimer Rome, Et d'oser de nous deux être le plus grand homme.
OCTAVE
Téméraire étranger, tu m'apprends mon devoir; Et ta mort...
TDLLIE.
Si ma voix est sur toi sans pouvoir, De ce rival des dieux interroge l'image;
(Elle lui montre la statue de César.)
Que sa clémence au moins devienne ton partage. Du grand nom de César si tu veux hériter. Dans ses soins vertueux commence à l'imiter. Epargne ce guerrier; je demande sa vie : Ose me refuser !