ACTE Iir, SCKNE V
SEXTDS.
Lève-toi.
PHILIPPE
Non, seigneur; souffrez qu'à vos genoux, Avant que de mourir, je m'explique avec vous.
SEXTUS
Lève-toi.
PHILIPPE
Se peut-il que mon illustie élève Contre un infortuné s'indigne et se soulève? A-t-il pu soupçonner un cœur tel que le mien De vouloir enfoncer un poignard dans le sien?
(il montre la statue de Pompée.)
Hélas ! depuis la mort de ce maître adorable, Je n'ai fait que gémir de son sort déplorable. Octave, prévenu que j'avais mérité Qu'un maître pût compter sur ma fidélité, Me prévint, et bientôt m'accorda son estime. On sait que ce tyran s'est fait une maxime D'attacher à son sort les hommes généreux Qui par quelques vertus se sont rendus fameux. C'est ainsi que j'ai su gagner sa confiance ; Mais, dans l'art de tromper imitant sa science, Philippe n'a jamais trempé dans ses forfaits, Et Home n'a de moi reçu que des bienfaits. Mais c'est par d'autres soins qu'un esclave fidiMe Doit vous justifier son amour et son zèle. Octave ne croit plus que vous soyez Gaulois: Votre noble fierté, les accents de la voix, Vos soins pour les proscrits échappés vers Ostie, Et l'ardeur que pour "ous fait éclater TuUie, Alarment à tel point ce cœur né soupçonneux. Qu'il voudrait vous pouvoir sacrifier tous deux ; Et, sans bien pénétrer quelle est votre origine, 11 veut que cette nuit ma main vous assassine, Sans croire cependant que vous soyez Sextus ; Mais il vous croit du moins un ami de Brutus. Il vient de me quitter pour passer chez Fulvie: Je crains qu'à Cicéron il n'en colite la vie. Les moments vous sont chers, et c'est fait de vos Si de ceux du lyran je n'abrège le cours. [jours Pour sauver l'un de vous, il faut immoler l'autre : Choisissez du trépas de César, ou du vôtre. Rien n'est sacré pour moi dès qu'il s'agit de vous.
SEXTDS.
L'assassinat, Philippe, est indigne de nous. Avant que d'éclater tu pouvais l'entreprendre ; Mais, instruit du projet, je dois te le défendre. Je m'en ferais un crime après l'avoir appris, Et l'on t'eût pardonné de l'avoir entrepris.
PHILIPPE
On ne peut trop louer un soin si magnanime ; Mais je vois d'un autre reil l'autel et la victime. Le destin n'a point mis des sentiments égaux Dans l'âme de l'esclave et celle du héros. Mon devoir le plus saint, c'est de sauver mon maître. Qui d'Oclave ou de vous aujourd'hui le doit être ? César ne fut jamais ni mon dieu ni mon roi ; Et le plus fier tyran n'est qu'un homme pour moi. Si, pour vous soutenir, une égale fortune Rendait entre vous deux la puissance commune, Et que de l'immoler vous eussiez le dessein, Sextus pourrait ailleurs chercher un assassin. Mais s'armer du poignard qu'un lâche nous df sline, Ce n'est que le punir alors qu'on l'assassine; Se laisser prévenir est moins une vertu Que l'imbécillilé d'un courage abattu.
Il ne vous reste plus qu'une fuite douteuse : Pour le fils de Pompée elle serait honteuse. Bientôt de toutes parts vous serez observé : Prévenez donc le coup qui vous est rései"vé.
TULLIE
Rejetez les conseils que Philippe vous donne ; Mais fuyons, puisqu'ainsi votre honneur nous l'or-
[donne.
Allons trouver mon père, et remettons aux dieux Le soin de nous sauver de ces funestes Heux.
pniLippB.
Moi je vais retrouver César : daignez attendre Que je sois en état du moins de vous défendre. Vous verrez, si mon bras ne peut vous secourir, Que Philippe avec vous est dig'ie de mourir.