‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 439 sur 454 · MÉCÈNE, CICÉRON · texte numérisé non relu

MÉCÈNE, CICÉRON

MÉCÈNE

Malgré les soins divers dont vous étiez la proie,

Je lis dans vos regards une secrète joie Qui dissipe ma crainte et flatte mon espoir. César l'augmente encor dès qu'il veut vous revoir. Ah ! Cicéron, souffrez que je vous concilie. Pour triompher d'Antoine et pour braver Fulvic, Accordez votre fille aux soins officieux D'un ami qui voudrait pouvoir l'unir aux dieux : Renoncez à l'orgueil de ces vertus austères Qu'en des temps moins cruels se prescrivaient nos Ce n'est qu'en se pliant à la nécessité [pères.

Que l'on peut des tyrans tromper l'autorité. Un torrent n'a jamais causé plus de ravage Que lorsqu'à son courant on ferme le passage. Laissez-le s'écouler, et uous donnez la paix : Couronnez parce don I jus vos autres bienfaits.

CICÉRON

César vous aurait-il chargé de la conclure, Rebuté d'outrager les dieux et la nature? Moins pressé delà soif de grossir ses trésors, Vous aurait-il promis de respecter les morts, De ne point dépouiller leurs enfants et leurs femmes Des biens que ce cruel prodigue à des infâmes ? Ignorez-vous encor que des édits nouveaux Ordonnent de fouiller jusque dans les tombeaux ; Que son avidité, par des lois inhumaines, Impose des tributs jusqu'aux dames romaines? Vous fait-il espérer que de notre union L'instant sera la fin de la proscription ?

MÉCÈNE

C'est pour vous que d'hier César l'a suspendue.

CICÉBON.

Eh bien ! sur ce tableau daignez jeter la vue.

(il lui montre le tableau de la proscription.)

Pour mieux me distinguer, c'est mon funeste nom Qui seul en fait le prix.

MÉCÈNE

Dieux ! quelle trahison 1 César aurait dicté cet arrêt sanguinaire !

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