‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 73 sur 454 · ACTE m, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE m, SCENE I

Tout VOUS livre à. l'envi ]e fier Idoniénée :

Par un arrêt des dieux sa tête est condamnée ;

L'oracle la demande, et ce funeste jour

Va le punir des maux que vous fit son retour.

Si vous voulez vous-même, achevant sa disgrâce,

Hâter le coup affreux dont le ciel le menace,

Répandez ie secret qui vous est dévoilé,

Et qu'Égésippe en vain ne l'ait point révélé.

Du prince votre père ami toujours fidèle,

Vous voyez à quel prix il vous marque son zèle :

Imitez-le, madame, et qu'un sang odieux

Par vos soins aujourd'hui se répande en ces lieux.

De l'intérêt des dieux faites votre vengeance,

Et dun peuple expirant faites-en la dt-fense;

Montrez-lui son sahit dans ce terrible arrêt :

Lui, vous, les dieux enfin, n'avez qu'un intérêt...

D'où vient que je vous vois interdite et tremblante

Craignez-vous d'exciter les plaintes d'Idamante?

Hélas ! si près des maux où je le vais plonger. Un seul moment pour lui ne puis-je m'affliger? Que veux-lu! je frémis du spectacle barbare (Jue mon juste courroux eu ces lieux lui prépare : Je sens trop.par les pleurs que je verse aujourd'hui. Quelle est l'horreur du coup qui va tomber sur lui. lu sais que pour le roi son amour est extrême.

ISMbIN K.

Il ne vous reste plus que d'aimer le roi même! Qu'entends-je? De vos pleurs importunant les dieux, Vos plaintes chaque jour font retentir ces lieux ; El quand le ciel prononce au gré de votre envie. Vous n'osez plus poursuivre une odieuse vie! Songez, puisque les dieux vous ouvrent leurs secrets. Qu'ils vous chargent par là du soin de leurs décrets. Et qu'auriez-vous donc fuit, si, trempant votre al- L'oracle eût demandé la tète d'Idamante, [lente, Puisque vous balancez...

A quoi bon ces transports?

Je conçois bien, sans loi, de plus nobles efforts. Malgré tout mon amour, mon devoir est le môme : Mais peut-on sans trembler opprimer ce qu'on aime? L'n je ne sais quel soin me saisit malgré moi, Et mon propre courroux redouble mon effroi, [le Ne crains rien cependant, niais laisse sans conlrain-

24 IDOMÉNÉE

A des cœurs malheureux le secours de la plainte. Je n'ai point succombé pour avoir combattu, Et tes raisons ici ne font point ma vertu. Égésippe en ces lieux se fait longtemps attendre.

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