‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 88 sur 454 · ACTE IV, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IV

M'offre en vain en ces lieux un spectacle effroyable. Les mortels peuvent-ils vous offenser assez Pour s'attirer les maux dont vous les punissez. Dieux puissants! Qu'ai-je vu? quel funeste ravage! J'ai cru me retrouver dans ie même carnaize Où mon bras se plongeait sur les bords phrygiens, Pour venger Ménélas des malheureux Troyens. Les maux des miens, hélas ! sont-ils moins inon ou- Une seconde Troie a signalé ma rage. [vrage? J'ai revu mes sujets, si tendres pour leur roi, Pâles et languissants se traîner après moi. Tu les as vus, tout près de perdre la lumière, S'empresser pour revoir l'auteur de leur misère. Non, j'ai le cœur encor tout percé de leurs cris : J'ai cru dans chacun d'eux voir expirer mon fils. De leur salut enfin cruel dépositaire, Essayons si ma mort leur sera salutaire. Meurs du moins, roi sans foi, pour ne plus résister A ces dieux que ta main ne peut pas contenter.

SOPHRONYME

Dans un si grand projet votre vertu s'égare : A des crimes nouveaux votre àme se prépare. [dieux, Vous mourez moins, seigneur, pour contenter les Que pour vous dérober au devoir de vos vœux. Voulez-vous, ajoutant le méjnis à l'offense. Porter jusqu'aux autels la désobéissance? Vous vous offrez en vain pour lléchir sa rigueur; Le ciel veut moins de nous l'offrande que le cœur. Qu'espérez-vous,seigneur? que prétendez-vous faire? Aux dieux, à vous, à nous, de plus en plus contraire. Voulez-vous, n'écoutant qu'un transport furieux. Faire couler sans fruit un sang si précieux? Eb ! qui de nous, hélas ! témoin du sacrifice, Voudra de votre mort rendre sa main complice? Qui, prêt à se baigner dans le sang de son roi. Voudrait charger sa main de cet horrible emploi? Qui de nous contre lui n'armerait pas la sienne?

IDOMÉNÉE

Je le sais, et n'attends ce coup que de la mienne.

SOPHRONYME

Eh bien ! avant ce coup, de cette même main [sein. Plongez-moi donc, seigneur, un poignard dans Ir Dût retomber sur moi le transport qui vous guide, Je ne souffrirai point cet affreux parricide. Nulle crainte en ce jour ne saurait ra'éraouvoir,

3 s idomén»S:e.

Lorsqu'il faut vous sauver de votre désespoir.

Je ne vous connais plus: le grand Idoménée

Laisse a tous ses transports son âme abandonnée.

Ce héros, rebuté d'avoir tant combattu,

A donc niis de lui-même un terme a sa vertu 1

Jetez sur vos sujets un regard moins sévère :

Ils vous ont appelé du nom sacré de père;

De cet auguste nom dédaignant tous les nœuds,

Avez-vous condamné vos sujets malbeureux?

Abandonnerez-vous ce peuple déplorable,

Que votre mort va rendre oucor plus misérable?

Que lui destinez-vous par ce cruel trépas,

Qu'un coup de désespoir qui ne le sauve pas?

IDOMKNÉE.

Tu Juges mal des dieux; leur courroux équitable 8'apaisera bieolôl par la mort du coupable : Je vais enfin, pour prix de ce qu'ils ont sauvé, Rendre à ces mêmes dieux ce qu'ils ont conservé. Mon cœur, purifié par le feu des victimes. Mettra fin à vos maux, mettant fin à mes crimes. Je sens môme déjà dans ce cœur s'allumer L'ardeur du feu sacré qui le doit consumer. Chaque pas, chaque instant (jui retarde mon zèle, Plonge de mes sujets dans la nuit éternelle. Ne m'oppose donc plus d'inutiles discours; Facilite plutôt le trépas où je cours.

Veux-tu, par les eli'orts que ton amitié tente. Conduire le couteau dans le sein d'Idamante! Si je pouvais, hélas! Timmoler en ce jour, Je croirais l'immoler moins aux dieux qu'à l'amour, Qu'il règne; que sa tète, aujourd'hui couronnée. Redonne à Sopbronyme un autre Idoménée : Que mon fils, à son tour, assuré sur ta foi, Retrouve dans tes soins tout ce qu'il perd en moi : Que par toi tousses pas tournés vers la sagesse D'un torrent de flatteurs écartent sa jeunesse : Accoutume son cœur à suivre l'équité ; Conserve-lui surtout cette sincérité Rare dans tes pareils, aux rois si nécessaire : Sois enfin à ce fils ce que tu fus au père. Surmonte ta douleur en ce dernier moment. Et reçois mes adieux dans cet embrassement.

SOPBRONYME, à genoux.

Non, VOUS ne mourrez point; votre cœur inflexible Nourrit en vain l'espoir d'un projet si terrible.

ACTK IV, SC|i:NE V, 39

Immolez-moi, seigneur, ou craignez...

IDOHÉNÉB.

Lèvé-toi :

Quoique prêta mourir, je suis toujours ton roi. Je veux être obéi; cesse de me contraindre, [dre? Parmi tant de malheurs, est-ce moi qu'ill'aut plain- Vois quels sont les tourments qui déchirent mon Et, par pitié du moins, laisse-moi ma fureur, [cœur; Je vois mon fils. Surtout que ta bouche fidèle De mes tristes projets lui cachf la nouvelle : Je n'en mourrais pas moins; et tes soins dangereux Rendraient, sans me sauver, mon destin plusalireux.

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