‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 96 sur 454 · IDOMÉNÉE, IDAMANTE, SOPHRONYME, POLYCLÈTE, GARDES · texte numérisé non relu

IDOMÉNÉE, IDAMANTE, SOPHRONYME, POLYCLÈTE, GARDES

IDOMÉNÉE

Vous m'arrêtez en vain, je veux revoir mon fils. Portez ailleurs les soins d'une amitié cruelle; Respectez les transports de ma douleur mortelle. Enfin je le revois... Je ne vous quitte pas : Les dieux auront en vain juré votre trépas ; Ils ordonnent en vain cet affreux sacrifice; Ma main de leur fureur ne sera point complice.

IDAMANTE.

Ah! seigneur, c'en est trop, n'irritez pas les dieux; N'attirez plus enfin la foudre dans ces lieux; Venez sans murmurer sacrifier ma vie.

Vous ignorez les maux dont elle est poursuivie. Ah ! si je vous suis cher, d'une tendre amitié Je n'implore, seigneur, qu'un reste de pitié. Terminez les malheurs d'un fils qui vous en presse

46 IDOMliNÉE.

Actoniplissez enfin une augiisle promesse: De vos retardemeuls voyez quel est le fruit. D'ailleurs de votre vœu tout Je monde est instruit. Chaque instant de ma vie est au ciel un outrage; Acquittez-en ce vœu, puisqu'elle en fut le gage.

IDOMÉNÉE

Inexorables dieux, par combien de détours A.vez-vous de mes soins su traverser le cours! Que de votre courroux la fatale puissance A bien su se jouer de ko. vaine prudence ! Barbares ! quand je meurs qu'exigez-vous de moi? N'était-ce pas assez pour victime qu'un roi ? Par un sang que versait un repentir sincère Je courais aux autels prêt de vous satisfaire : Hélas! quand j'ai cru voir la fin de mes malheurs, Vous avez craint de voir la fin de vos fureurs ; Il eût fallu vous rendre au sang de la victime. Gardez donc vos fureurs, et je reprends mon crime: Je désavoue enfin d'inutiles remords.

IDAMANTE.

Désavouez plutôt ces horribles transports; Voyez-en jusqu'ici l'audace infructueuse, Et revenez aux soins d'une âme vertueuse. De ces dieux dont en vain vous bravez le courroux, Examinez, seigneur, sur qui tombent les coups. Faut-il, pour attendrir votre âme impitoyable, Ramenei- sous vos yeux ce spectacle effroyable? Tout périt ; ce n'est plus qu'aux seuls gémissements Qu'on peut ici des morts distinguer les vivants. Dans la nuit du tombeau vos sujets vont descendre. Un seul soupir encor semble les er^ défendre, Seigneur; et ces sujets prêts de s'immoler tous, Ollrent aux dieux vengeurs ce seul soupir pour vous; D'un peuple pour son roi si tendre, si fidèle, Du sang de votre fils récompensez le zèle. Ces peuples, que le ciel soumit à votre loi, Ne sont-ils pas, seigneur, vos enfants avant moi? Terminez par ma mort l'excès de leur misère : Dans ces tristes moments soyez plus roi que père : Songez que le devoir de votre auguste i-ang Ne permet pas toujours les tendresses du sang : Versez enfin le mien, puisqu'il faut le répandre : Par d'éternels forfaits voulez-vous le défendre?

Dût le ciel irrité nous rouvrir les enfers,

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