‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 100 sur 1518 · SCÈNE I D. JUAN, LUCRÈCE, BÉATRIX · texte numérisé non relu

SCÈNE I D. JUAN, LUCRÈCE, BÉATRIX

D. JUAX.

Un chagrin si profond me surprend et m'afflige. Madame, à soupirer quel sujet vous oblige? Doutez-vous de mon cœur? Doutez-vous de ma foi?

LUCRÈCE

Je craius tout, je l'avoue, et pour vous et pour moi, El ne puis empêcher ma vertu de s'abatlre. Voyant quels ennemis nous avons à combattre. Songez-y, don Juan, un amant méprisé Jamais à sa vengeance a-t-il rien refusé? Croyez-vous don Fernand plus généreux qu'un au- Son inlérèl sur lui peut-il moins que lenôlre?[tre? Il sait que j'ai de nuit souffert votre entretien.

LE FEINT ASTROLOGUE , ACTE IV. SCÈNE IlL

Jugez si pour nous perdre il épargnera rien, S'il pourra se dompter jusques à ne point nuire Au boniieur d'iiu rival quand il peut le détruire.

D. JUAN

Ses efforts seront vains si vous m'aimez encor.

LUCRÈCE

Je n'en dis pas autant de ceux de Léonor.

D. JUAN

.\h ! madame, c'est faire un outrage à ma flamme. LUCRÈCE. [âme?

Qu'est-ce qu'un premier feu ne peut point sur une Nommez, si vous voulez, cet amour un devoir? Enfin elle est aimable et vous la devez voir; Et, si vous refusez votre cœur à ses charmes, Le refuserez-vous à l'effort de ses larmes?

D. JUAN

Ah ! Ce doute cruel me touche au dernier point, Hé bien, si vous voulez, je ne la verrai point. Qu'elle menace, tonne, éclate de colère. Je mettrai seulement tous mes soins à vous plaire; Et, de quelque malheur dont je sente les coups. Je vivrai trop heureux étant aimé de vous. Mais d'une autre douleur je sens la vive atteinte. Et si j'ose à mon tour vous expliquer ma crainte, Que ne tentera point votre père alarmé. S'il apprend que de vous don Juan est aimé? Que n'emploierat-il point pour chasser de votreâme Tout ce qui peut nourrir une certaine flamme? Il vous menacera, vous craindrez son courroux; Alors peut-être, alors ni'abandonnerez-vous; Et direz comme lui que c'est une faiblesse, Où le bien a manqué, d'estimer la noblesse. Dans mon peu de fortune...

LUCRÈCE

Ah ! Jugez mieux de moi.

La vertu suffit seule à soutenir ma foi ; Et je ne porte point un cœur assez esclave PourefTacer par crainte un portrait qu'elle y grave; J'y conserve le vôtre.

D. JUAN

0 trop heureux amant!

LUCRÈCE

Pour gage de ma foi prenez ce diamant.

Sûr que je suis à vous; et que, quoi qu'il advienne.

Jamais sa fermeté n'égalera la mienne.

D. JUAN

Dans l'excès du plaisir je ne me connais plus.

Et de tant de bontés et surpris et confus.

Ne sachant que vous dire, et ne pouvant me taire...

LUCRÈCE

Vous poursuivrez tantôt, je vois venir mou père.

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