‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1004 sur 1518 · LA COMTESSE D'ORGUEIL, ACTE II, SCÈNE X · texte numérisé non relu

LA COMTESSE D'ORGUEIL, ACTE II, SCÈNE X

A peine tout mnn cœur suffit à mon amour. Tout ce qui de mes sens fit d'abord la surprise, N'eut rien que ma raison aujourd'hui n'autorise. Sans cesse, elle me dit qu'il faut vous adorer, Qu'à l'heur de vous servir rien n'est à préférer. Madame, je me perds pour avoir trop à dire. VIHGIXE, l'ai à Olympe.

Pouvez-vous écouter ces fadaises sans rire'?

OLYMPE

Tais-toi.

VIBGINE.

Ce n'est qu'un sot, il ne sait ce qu'il dit. 11 VOUS plait donc?

OLYMPE

Que trop.

VIHGIXE.

Il n'avait point d'esprit.

LE CHEVALIEB. [croire ?

Vous consultez ensemble. Hélas ! qu'en dois-je

Parlez, résolvez-vous ou ma perte, ou ma gloire?

OLYMPE

Vous venez de me peindre un cœur bien enflammé ; Et quiconque aime ainsi mérite d'être aimé. Mais si d'un autre amour j'étais préoccupée?

LE CHEVALIER

De quel chagrin mon âme eùt-elle été frappée ! [sirs J'en mourrais de douleur; mais, dans mes déplai- Yous ne me verriez point contraindre vos désirs. Je vous l'ai déjà dit, malgré l'aveu d'un père. Je renonce à l'espoir si je ne puis vous plaire. Un autre à votre bien pourrait être attaché. Mais ce n'est que de vous que j'ai le cœur touché; Et quand vous auriez eu le sort moins favorable, Vous seriez à mes yeux également aimable, Votre seule personne est tout ce que je voi.

OLYMPE

Ces nobles sentiments obtiennent tout de moi; Et rien ne saurait plus m'obliger à vous taire. Que quand vous ne seriez que ce qu'est votre frère. Trahi de la fortune avec la même ardeur Je voudrais vous donner et ma main et mon cœur. Ni le rang de marquis, ni tous vos droits d'aînes-

LE CHEVALIER, bas. [se...

Elle croitquejesuisle marquis? Ah, dieux!

OLYMPE, bas.

Qu'est-ce?

Nous vient-on écouter?

LE CHEVALIER

Non, madame, achevez.

{Bas.) Voilà les derniers coups qu'il m'avait réservés, Je le vois trop, le lâche a parlé pour lui-même.

OLYMPE

Non, votre marquisat ne fait pas ce que j'aime; Et, pour gagner mes vœux sur le choix d'un époux, Vos soins n'avaient besoin seulement que de vous. LE CHEVALIER. [frère?

Donc, à ce que j'apprends, vous connaissez mon

OLYMPE

Quoi? votre chevalier? Il prétend à me plaire; Et je crois qu'il est bon de vous en avertir. Bien moins par vanité, que pour vous divertir,

Vous le voyez souvent?

OLYMPE

Plus que je ne souhaite.

Il me cherche en tous lieux dans sa flamme secrète. Jour et nuit fait la ronde, et je m'étonne bien Qu'il n'est déjà venu troubler notre entrelien.

LE CHEVALIER

Et ses empressements ne font que vous déplaire?

OLYMPE

Je le dois épargner, puisqu'il est votre frère.

LE CHEVALIER

Non, vous m'obligerez de ne me point cacher D'oùvientque tant de soins ne vous ont pu toucher. Le trouvez-vous mal fait?

OLYMPE

Sa personne est bien prise.

Si j'en crois ses amis, dans le monde on le prise; Mais puisqu'il vous en faut dire la vérité. Il me paraît avoir grande stupidité; Et comme enfin le cœur a ses secrets sufl'rages, Eùt-il et votre bien et tous vos avantages. Si mon père pour lui disposait de ma foi. Mon devoir me serait une fort dure loi. J'irais jusqu'à l'éclat plutôt que m'y résoudre. Vous ne m'en dites rien?

LE CHEVALIER, bas.

Ah ! dieux, quel coup de foudre!

VIRGINE, à Olympe.

C'est qu'on fait quelque bruit, et qu'il écoute.

Page 1