LE FEINT ASTROLOGUE, ACTE IV, SCÈNE VIIL
D. FERNAND, à D. Louis.
Voici pour m'achever, l'incommode personne! Vous, madame, de moi? Ce reproche m'étonne; En quoi le puis-je avoir depuis hier mérité?
LÉONOR
Si don Juan d'ici ne s'est point alosenté,
S'il était à Madrid; puisque votre science
Des plus obscurs secrets vous donne connaissance.
Dites à quel dessein me l'avez-vous celé?
D. FERNAND
Je l'ignorais encor lorsque je vous parlai, Et ne l'ai découvert qu'en faisant ma figure : Mais à bien regarder toute cette aventure. Rien n'y saurait tourner à ma contusion. Au lieu de son fantôme et d'une illusion, Si, quoiqu'il se cachât avec un soin extrême, A vous aller trouver je l'ai contraint lui-même, Puis-je mieux témoigner la force de mon art, Et qu'il n'est ni trompeur, ni sujet au hasard?
LÉONOR
Cette raison l'emporte, il faut que je lui cède; Mais il mon déplaisir donnez quelque remède. Le parjure, au mépris de tant de vœux offerts, D'une beauté nouvelle ose porter les fers; C'est pour elle aujourd'hui qu'à Madrid il s'arrête : J'ai su tout le détail de cette amour secrète. Et que les astres seuls, à qui vous commandez, Sont les témoins du feu dont ils sont possédés. Puisqu'à votre science il n'est rien d'impossible. Empêchez ce commerce à mon cœur trop sensible ; Rompez les tristes nœuds de cet attachement; Aux yeux qui l'ont surpris dérobez mon amant : Faites qu'il se repente, et que, pour ma vengeance, Ma rivale à son tour pleure son inconstance.
D. FERNAND
Ayez de votre amant des sentiments meilleurs. On vous trompe sansdoute,il n'aime point ailleurs; Et quoiqu'il soit un peu blâmable en sa conduite. Du sujet qui l'arrête on vous a mal instruite : Vous en êtes la cause, et son esprit jaloux A voulu se guérir eu se cachant de vous ; Pour vous faire observer il a feint ce voyage : Mais, madame, cessez d'en avoir de l'ombrage; Il est charmé de vous, et toute sa rigueur Assure à vos beautés l'empire de son cœur. D'un faux mépris peut-être il couvrira satlamme; Mais, quoiqu'il dissimule, il vous adore en l'ànie.
LÉONOR
Agréable assurance! Hélas! Pardonne-moi, Si j'ai pu, don Juan, faire outrage à ta foi. Le ciel, ô don Fernand, vous soittoujours propice. Adieu.