ARIANE, ACTE II, SCÈNE VII
PIBITHOUS.
Les moindres lâchetés Sonl pour votre grand cœur des crimes détestés, Vous avez pour la gloire une ardeur sans pareille; Mais, madame, je sais ce que je vous conseille; Et, si vous me croyez, quels que soient mes avis, Vous vous trouverez bien de les avoir suivis.
ARIANE
Quoi, moi, les suivre? Moi, qui voudrais pour Thé- A cent et cent périls voir ma vie exposée"? [sée Dieux ! Quel étonnement serait au sien égal, S'il savait qu'un ami parlât pour son rival! S'il savait qu'il voulût lui ravir ce qu'il aime!
PIRITHOUS.
Vous le consulterez, n'en croyez que lui-même.
ARIANE
Quoi? Si l'offre d'un trône avait pu m' éblouir, Je lui demanderais si je dois le trahir. Si je dois l'exposer au plus cruel martyre Qu'un amant...
PIRITHOUS.
Je n'ai dit que ce que j'ai dû dire.
Vous y penserez mieux, et peut-être qu'un jour Vous prendrez un peu moins le parti de l'amour. Adieu, madame.
ARUNE.
Il dit ce qu'il faut qu'il me dise !
Demeurez, avec moi c'est en vain qu'on déguise, Vous en avez trop dit pour ne me pas tirer D'un doute dont mon cœur commence à soupirer; J'en tremble, et c'est pour moi la plus sensible attein- Éclaircissez ce doute, et dissipez ma crainte, [tc; Autrement je croirai qu'une nouvelle ardeur Rend Thésée infidèle, et me vole son cœur; Quepour un autre objet, sans souci de sa gloire...
PIRITHOUS.
Je me tais, c'est à vous à voir ce qu'il faut croire.
ARIANE
Ce qu'il faut croire? Ah, dieux! Vous me désespérez. Je verrais à mes vœux d'autres vœux préférés? Thésée à me quitter... Mais quel soupçon j'écoute! Non, non, Pirithoiis, on vous trompe sans doute. Il m'aime; et s'il m'en faut séparer quelque jour. Je pleurerai sa mort, et non pas son amour.
PIRITHOUS.
Souvent ce qui nous plaît par une erreur fatale...
I ARIANE
Parlez plus clairement; ai-je quelque rivale? Thésée a-t-il changé? Viole-t-il sa foi?
I PIRITHOUS.
I Mon silence déjà s'est expliqué pour moi ; ' Par là je vous dis tout. Vos ennuis me font peine; Mais quand leur seul remède est de vous faire reine, N'oubliez point qu'à Naxe on veut vous couronner. C'est le meilleur conseil qu'on puisse vous donner. Ma présence commence à vous être importune, Je me retire.