‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1067 sur 1518 · ARIANE, ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ARIANE, ACTE III, SCÈNE I

Son sang devrait payer la douleur qui me presse. C'est là, ma sœur, c'est là, sans pitié, sans tendresse, Comme après un forfait si noir, si peu commun. On traite les ingrats, et Thésée en est un. Mais quoi qu'à ma vengeance un fier dépit suggère, Mon amour est encor plus fort que ma colère. Ma main tremble, et malgré son parjure odieux, Je vois toujours en lui ce que j'aime le mieux.

Un revers si cruelvousrendsans doute à plaindre; Et vous voyant soufl'rircequ'on n'a pasdù craindre, On conçoit aisément jusqu'oii le désespoir...

ARIANE

Ab, qu'on est éloigne de le bien concevoir! Pour pénétrer l'horreur du tourment de mon âme. Il l'audrait qu'on sentît môme ardeur, même flamme. Qu'avec même tendresse on eût donné sa foi, Et personne Jamais n'a tant aimé que moi. Se peut-il qu'un héros d'une vertu sublime Souille ainsi. ..Quelquefoisle remords suit lecrime; Si le sien lui faisait sentir ces durs combats... Ma sœur, au nom des dieux ne m'abandonnez pas. Je sais que vous m'aimez et vous le devez faire, "Vous m'avez dès l'enfance été toujours si chère. Que cette inébranlable et fidèle amitié Mérite bien de vous au moins quelque pitié. Allez trouver... Hélas! Dirai-je, mon parjure? Peignez-lui bienl'excèsdu tourment que j'endure, Prenez, pour l'arracher à son nouveau penchant, Ceque les plus grands maux offrent de plus tou- Dites-lui quàson feu j'immolerais ma vie, [chant. S'il pouvait vivre heureux après m'avoir trahie. D'un juste et long remords avancez-lui les coups; Enfin, ma sœur, enfin je n'espère qu'en vous. Le ciel m'inspira bien, quand par l'amour séduite. Je vous fis, malgré vous, accompagner ma fuite. Il semble que dès lors, il me faisait prévoir Le funeste besoin que j'en devais avoir. Sans vous, à mes malheurs où chercher du remède?

PHÈDRE

Je vais mander Thésée ; et si son cœur ne cède, Madame, en lui parlant vous devez présumer...

ARI.ANE

Hélas ! Et plût au ciel que vous sussiez aimer. Que vous pussiez savoir par votre expérience Jusqu'où d'un fort amour s'étend la violence! Pour émouvoir l'ingrat, pour fléchir sa rigueur. Vous trouveriez bien micuxle chemin de son cœur. Vous auriez plus d'adresse à lui faire l'image De mes confus transports de douleur et de rage ; Tous les traits en seraient plus vivement tracés. N'importe, essayez tout, parlez, priez, pressez. Au défautde l'amour, puisqu'il n'a pu vous plaire- Votre amitié pour moi fera ce qu'il faut faire ; Allez ma sœur, courez empêcher mon trépas. Toi, viens, suis-moi, Nérine, et ne me quitte pas

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