‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 109 sur 1518 · LE FEINT ASTROLOGUE , ACTE IV, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

LE FEINT ASTROLOGUE , ACTE IV, SCÈNE IX

LKONAnD, à V. Feriiand.

Ile bien, m'en alloz-vous apprendre quelque chose?

D. FERNAND

Comme à vous abuser je n'ai point d'intérêt, Sachez qu'on croit de moi beaucoup plus qu'il n'en Je ne le cèle point ; j'ai bien quelque principe [est. De cette astrologie où tant de monde pipe; Et sur ce fondement mes amis indiscrets Ont feint d'en avoir vu de merveilleux effets : Mais.quoi qu'on en publie, et,quoi que l'on en pense, Aucun n'en vit jamais la moindre expérience; Et, si par leur exemple, à cette feinte instruit. Moi-même quelquefois j'ai confirmé ce bruit. Ce n'a jamais été que quand la raillerie. Loin de passer pour crime, était galauterie. Mais ici qu'il s'agit de vous parler sans fard. Quel que soit le renom que m'ait acquis cet art, La réputation ne m'en est point si chère. Que pour la conserver je veuille vous rien taire. Ainsi croyez qu'en vain, touchant ce diamant. Vous attendez de moi quelque éclaircissement; En quelque main qu'il soit, et quoi qu'il en puisse

[être.

Par le peu que je sais je n'en puis rien connaître.

LÉONARD

Quand je n'aurais pas su par le rapport d'autrui Que vous êtes l'honneur des savants d'aujourd'hui, Et que l'on fait de vous partout un cas extrême, Cette humilité seule à parler de vous-même Me persuaderait de ce que vous savez.

D. FERNAND

Perdez ces sentiments pour moi trop relevés ; Je ne sais rien du tout, et je vous le proteste.

LÉONARD

La preuve du contraire est par là manifeste. Ainsi les plus savants, ainsi les plus parfaits Doivent être toujours modestes et discrets. Et ne pas obscurcir l'éclat de leur science Parle faste insolent d'une vaine arrogance.

D. LOUIS, bas.

Il passe bien son temps.

D. FERXAND, bas à pari.

0 le vieillard maudit!

(Haut.)

Si j'étais eu effet ce que l'on vous a dit. Quand même je voudrais me cacher à tout autre, Je donnerais ici mou intérêt au vôtre, Et je vous eu dirais la pure vérité.

LÉONARD

Je VOUS le dis encor que cette humilité. Plus que votre science est en vous estimable. Elle est d'un grand esprit la marque indubitable. Quiconque sait beaucoup présume peu de soi, La vanité jamais ne lui donne la loi ; 11 descend en soi-même, il tâche à se connaître : C'est n'être pas savant que s'imaginer l'être. Et quelque art que ce soit, à l'examiner bien. Qui croit y tout savoir sans doute n'y sait rien. Mais pour venir eufin à ce qui me regarde...

D. FERXAND, baS à pari.

Il va me rendre fou, si je n'y prends bien garde.

LÉONARD

Ce diamant perdu semblait d'autant plus beau, Qu'il servait de cachet aussi bien que d'anneau; Je l'avais fait graver; et s'il est d'importance Que VOUS sachiez encor cette autre circonstance, C'est entre neuf et dix qu'on croit l'avoir perdu.

SCÈAE IX LÉONARD, D. FERN.W'D, D. LOUIS, PHILIPIN.

PHILIPIN, loiil haut préseiilanl un papier à D. Fernand.

Monsieur, l'autre ce soir vous doit être rendu.

(// le lire ù pan et lui parle ù l'oreille.)

C'est prétexte, écoutez.

LÉONARD, à D. Louis.

D'où vient qu'il me refuse?

D. Lonis.

Peut-être de magie il craint qu'on ne l'accuse. On est prompt à médire, et le peuple ignorant Attribue aux dénions tout ce qui le surprend; C'est par cette raison que vous le voyez feindre.

LÉONARD

Je sais ce qu'il faut taire, il n'a pas lieu de craindre.

PHILIPIN, à D. Fernand.

C'est ce que maintenant m'a conté Béatrix.

D. FERNAND, à Philipin.

Ton secours vient à temps; et sans toi j'étais pris.

{,4 Léonard.)

Pardonnez, devant vous si j'ai reçu message. Je sais bien le respect que l'on doit à votre âge; Mais l'affaire pressait.

LÉONARD

Vous me rendez confus; Mais de grâce avec moi ne dissimulez plus.

D. FERNAND

Si j'en savais assez...

LÉONARD

L'excnse est inutile ; Une bague perdue, est-il rien plus facile?

D. FERNAND

Monsieur, encore un coup, je vous le dis sans fard.

LÉONARD

Monsieur, encore un coup, laissons la feinte à part, Et m'apprenez enfin ce que je veux apprendre.

D. FERNAND

De peur de vous fâcher, je voulais m'en défendre. Mais vous m'y contraignez.

LÉONARD

Rien ne me peut fâcher.

D. FERNAND

Oyez donc ce qu'en vain j'ai voulu vous cacher ; Et sachez que déjà rêvant à votre affaire. J'ai fait en mon esprit ce qu'il a fallu faire. Celui qui ce matin vous a. fait compliment En habit de campagne, a votre diamant.

LE FEINT ASTROLOGUE, ACTE lY, SCÈNE XII.

LÉONARD

Qui l'aurait soupçonné d'une si noire taclie, Et qu'étant si bien fait, il eût l'àme si lâche? Mais quoi ! C'est uu effet de la nécessité. Qui du sang le plus pur fait un sang tout gâté. Vous voyez, don Fcrnand, qu'en vain vous vouliez Ce dont sur voire front je vois le caractère: [taire Quand je dis une fois : « Cet homme a de l'esprit, C'est un savant du siècle,» il l'est sans conlredil. Adieu.

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