DON CÉSAR D'AVALOS, ACTE II, SCÈNE I
Avoir changé de malle en ce gîle mandil, El n'en connaître rien qne le soir à Madrid.
CARLIN
A moins que de l'ouvrir, dites-moi, comment diable L'aurais-je pu connaître? Elle est toute semblable. Voilà ce que nous vaut l'ardeur de votre amour. Vous nous faites partir une heure avant le jour. Sans savoir que la place avec voiis était prise. J'entre dans votre chambre, et trouve une valise. Croyant que l'autre lit n'était point occupé. Je prends sans rien choisir; qui ne s'y fùttrompé? Vous deviez m'averlir que vous aviez un hôte...
D. CÉSAR
Blâme mon imprudence, elle amoindrit ta fante. La nuit s'avançait Tort, lorsqu'on me vint prier De soulTrir qu'en ma chambre on couche un cava- Je sais qu'elle est unique en celte hôtellerie; [lier. Ma joie est d'obliger, et j'attends qu'on me prie. Pouvais-je au survenant refuser l'autre lit?
Ce voyageur nocturne a joué là d'esprit.
Fait à trouver son compte au tour de passe-passe,
Sans doute, il a changé nos valises de place.
D. CÉSAR
Mais puisqu'il n'est parti que longtemps après
CARLIN. [nous...
Hé, monsieur, il est tant de ces adroits filous. Qui toujours pour le monde observant des niesu- Tournent sur le hasard toutes leurs aventures, [res, Celui-ci, m'a-t-on dit, est un des plus rusés, Malaisé, si jamais il fut des malaisés. Il a mangé son fait, et, comme il ne subsiste Que par le don qu'il a de n'être pas fort triste, S'introduisant partout, partout faisant fracas. Quand il trouve à duper, il ne s'épargne pas.
D. CÉSAR
De tout ce que je perds par ce bizarre échange, Je ne regrette rien que mes lettres de change. A Séville d'abord j'ai mandé l'accident.
CARLI.^f.
On vous y traitera déjeune, d'imprudent.
D. CÉSAR
Il est vrai qu'il est peu de méprises semblables.
CARLIN
Mais au seul don Fernand ces lettres sont payables, A moins qu'il ne les signe, on n'en peut profiter; L'avez-vous vu?
CARLIN
C'est assez mal débuter.
Quoi, vous, l'époux futur de sa fille Isabelle, Vous n'allezpointchezlui?Laméthode est nouvelle, Vous veniez cependant tout échaulfé d'amour.
D. CÉSAR
J'ai voulu, pour le voir, attendre ton retour.
CARLIN
Et qu'avez-vous donc fait depuis votre arrivée?
D. CESAR
J'ai rôvé.
CABLIN.
La douceur est assez bien trouvée.
En auberge! Personne en ce lieu de repos Ne sait que vous soyez don César d'Avalos.
D. CÉSAR
La mort de don F.abrique à me cacher m'engage, Personne dans Madrid ne connaît mon visage; Et, quelque fort appui qu'on m'y doive prêter. Si j'avais dit mon nom, on pourrait m'arrêter. Avant que je l'avoue, il est bon que mon père Ait avec la partie accommodé l'afTaire.
En tout cas, force amis doivent agir pour moi, S'il faut solliciter ma grâce auprès du roi.
CARLIN
Mais Enrique est ici qui peut vous reconnaître, Vousêtesmalensemble,ets'il vousvoit paraître...
Enrique a de l'honneur, je n'en dois craindre rien. Quand il saurait l'affaire, il en userait bien, L'estime est entre nous plus grande que la haine. J'avais cru ce matin ma précaution vaine; Un homme qui de près m'est venu regarder, Surpris de ma rencontre, a voulu m'aborder. J'ai reculé pour être en état de défense. S'il prétendait user de quelque violence; Et ne comprenant rien à tout ce qu'il m'a dit. J'ai cessé d'écouter.
CARLIN
Rencontres de Madrid.
D. CÉSAR
Ah! Carlin, qu'il en est quelquefois d'agréables! Si tu savais...
CARLIN
Quoi?
D. CÉSAR
Mais...
CARLIN
Hé, de par tous les diables,
Contez-moi sans prélude...
D. CÉSAR
Ah ! J'en suis enchanté.
C'est... Imagine-loi la plus rare beauté, Un teint, des yeux, la bouche...
Et quelle est cette belle?
n. CÉSAR.
Je ne sais.
CARLIN
N'oserait-on la regarder?
D. CÉSAR
Elle?
Nous nous sommes parlé.
CARLIN
Faites-moi donc savoir...
D. CÉSAR
Le jour de Ion départ me promenant le soir J'aperçois un brutal qui chagrinait deux dames;