SCENE I D. FERNAND, ENRIQUE
ENRIQUE
Voilà ce qu'on m'écrit.
Vous m'étonnez, Enrique; Et quel rang parmi nous tenait ce don Falirique? Ceux que le sang oblige à venger cette mort, Sont-ce gens à ne point vouloir parler d'accord"? Mon gendre a-t-il affaire à puissante partie?
ENRIQUE
Non pas, sans doute, assez pour lui coûter la vie Outre que l'action, à la prendre en rigueur, Telle qu'on me la mande, est d'un homme de cœur; Mais c'est toujours un mort, et tout mort embarras-
D. FERNAXD. [SB.
Il faut agir en cour, nous obtiendrons sa grâce.
ENRIQUE
Si l'affaire est tombée en accommodement. Nous en aurons bientôt plus d'éclaircissement. Au moins, à voir le jour dont ma lettre est datée, C'est de beaucoup trop tard (lu'elle m'est apportée. Comme avant cette mon don Alonse avait dit Que son fils se viendrait marier à Madrid, Et qu'on nous croit toujours ennemis, on veut croi- Qu'agissant contre lui, je dois en faire gloire, [re Et que s'il est chez vous, comme on n'en peut dou • Je prêterai la main à le faire arrêter; [ter,
Mais la division n'empêche point l'estime. Et quand ma haine eucor serait plus légitime. Le nom de votre gendre, et ce que je vous doi, Contre ses ennemis lui répondraient de moi.
D. FERNASD.
Cotte mort qu'il m'a tue est sans doute l'affaire Que me recommandait la lettre de son père, Vous en donner l'avis, c'était bien s'adresser; Mais, Enrique, avec moi c'est peu de commencer, Vous protégez mon gendre, après ce bon office, Souffrez avecque lui que je vous réunisse, Je ne saurais vous voir plus longtemps ennemis.
ENlilyUE.
Ordonnez, je suis prêt, et tout vous est permis;
Mais comme don César est plus fier qu'il ne sem-
[ble, Ne vous commettez point à nous trouver ensemble. Que vous n'ayez pris soin vous-même de savoir. S'il pourra, sans aigreur, consentir à me voir; [te. Me montrant tout à coup, j'ai peur qu'il ne s'empor- Cependant empêchez quelques jours qu'il ne sorte, Il s'est trop fait connaître en arrivant chez vous, La nouvelle en est sue, il a force jaloux. On l'épie, et pour lui la prison est à craindre.
D. FERXAXD.
Je doute qu'il soit homme à se vouloircontraindre. Du reste, de Goa, mon fils est de retour.
EiNRIQUB.
Don Lope est à Madrid?
D. FERNAND
Oui, de ce même jour.
Absent depuis douze ans, le ciel me le renvoie.
ENRIQUE
Croyez qu'avecque vous j'en partage la joie. Quand don César et moi nous serons réunis, Il faudra que je vienne embrasser ce cher fils.
D. FERNAND
Je vous le mènerai, c'est k quoi je m'engage.
ENRIQUE
Et l'aimable Isabelle? A quand le mariage?
D. FER.NAND,
Don César n'a point eu le don de la charmer. Quoi que j'en puisse dire, elle a peine à l'aimer; Et si je veux pour elle écouter ma tendresse. Je dois suspendre au moins l'hymen dont il me Entre nous je ne sais si l'air provincial [presse. Donne à certaines gens un trait original; Mais dans sa gaie humeur ce don César s'oublie. Et le bon sens toujours n'est pas de la partie. Au portrait dont pour lui vous m'avez prévenu. Il faut vous l'avouer, je ne l'ai point connu. Je lui croyais l'esprit poli, galant, docile.
EXHIQl'E.
Depuis plus de deux ans que j'ai quitlé Séville, J'ignore ce qu'il est; mais quand j'en suis parti, C'était de mille dons un esprit assorti, Je ne sais quoi d'aisé, du brillant, du solide.
D. FERNAND
Il est brusque, et de tout en souverain décide. Si l'hymen, dès demain, ne remplit ses désirs Il ne sait ce que c'est que pousser des soupirs, 11 est riche, et partout peut choisir une femme.
E.NRIQUE.
Ah! don César n'a point cette bassesse d'àme. Il est civil, honnête, et dans ce que j'en sai...