SCÈNE III D. FERNAND, D. PASCAL
D. FERNAND
De peur de vous choquer, vous voyez qu'il me quit-
D. PASCAL. [te.
Il pouvait jusqu'au soir prolonger sa visite; C'est à quoi nul de nous n'eût voulu s'opposer. Vous autres vieux grisons, vous aimez à jaser. Vous ne finissez point.
D. FERN'AND
Il est prudent et sage, Et pour ne pas aigrir les choses davantage. Il a voulu savoir avant que vous parler...
D. PASCAL
A moi? Ou'avons-nous donc ensemble à démêler?
D. lERNAND.
Rien ; il m'a tout conté, c'est une bagatelle.
D. PASCAL
La lune a-t-elle point disloqué sa cervelle?
D. FERXAND.
Il n'en faut point parler avec tant de mépris, Enrique a du mérite, et chacun vaut son prix.
D. PASCAL
Enrique soit; Enrique est pour moi peu de chose.
D. FERNAND
Vos différends n'ont point une assez juste cause, Il faut, pour vivre amis, mettre tout sous le pied.
D. PASCAL
Vous avez, comme lui, le timbre estropié, Beau-père.
D. FERNAND
Vous pourriez parler mieux, ce me semble.
D. PASCAL
Que diable aussi veut-on que nous ayons ensemble? Je nel'ai jamais vu.
D. FERNAND
Jamais vu!
D. PASCAL
Non, jamais.
Vous n'avez point tous deux sur certains intérêts. Lorsqu'un jour son avis fut si contraire au vôtre, Qu'il fallût...
D. PASCAL
Non, vousdis-je; il me prend pour un autre.
D. FERNAND
Et dans ce môme instant que vous ôles venu, Pour don César encore il vous a reconnu.
D. PASCAL
D'Aval os?
D. FERNAND
D'Avalos. Il est né dans Séville, A du bien, des amis, connaît toute la ville ; Il ne s'y passe rien qui par lui ne soit su.
n. PASCAL, l'IIS.
Serais-je don César sans m'en être aperçu? N'importe, avouons tout.
D. FERNAND
Çà, plus d'aigreur, mon gendre, Enrique veut la paix, c'est trop vous en défendre. L'accord vous déplaisant, pour en fuir l'embarras, Vous auriez bien voulu ne le connaître pas; De grâce, oubliez tout, vous avez l'âme bonne; S'il a dit quelque chose...
D. PASCAL
Hé bien, je lui pardonne.
Mais à condition que je ne le verrai Qu'après que de l'hymen j'aurai fait plein essai.
Il ne mérite point ce reste de colère, Il m'a montré pour vous une estime sincère; Et, tout à l'heure encor, il vient de m'averlir De ce que l'on hasarde à vous laisser sortir.
D. PASCAL
Parce que je puis mettre une femme à son aise, Il craint qu'on ne m'engage ailleurs? ne vous déjà veux aller courir, voir, me faire prier ; [plaise ; Si l'on craint de me perdre on peut me marier. Je suis, jusqu'à demain, de l'épouse future Le très futur époux ; passé cela, j'en jure, Je porte le mouchoir où le cœur m'en dira.
D. FERNAND
Vous serez satisfait, ma fdie obéira.
Tantôt qu'elle a voulu jaser avec son frère, Il l'a bientôt réduite au parti de se taire; Voyant que pour l'hymen elle n'allait pas droit, Il vous l'a chapitrée.
D. PASCAL
Il agit comme il doit.
D. FERNAND. [trC,
Mais craignez tout pour vous, si l'on vous voit paraî- Chez moi pour don César on a su vous connaître Et pour vous arrêter on est au guet.
D. PASCAL
Comment?
M'arrêter? Et pourquoi?
D. FERNAND
Le beau déguisement.
A quoi bon vous cacher, quand lachose est publi(|ue? Quoi qu'il en ait coûté la vie à don Fabrique, On sait qu'en le tuant...
D. PASCAL
Halte-là, s'il vous plaît.
Moi, j'ai tué?