‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1187 sur 1518 · MÉLICERTE, ASTÉRIE · texte numérisé non relu

MÉLICERTE, ASTÉRIE

MÉLICERTE

Moi, me contraindre, moi I Non, non, belle Astérie, Quoi qu'ose le courroux où je puis l'engager. Vous en voulez pourmoi craindre en vain le danger; Si je perds ce qui fait tout le bien de ma vie,

Mes jours sont-ils à ménager?

Circé me quitte, m'abandonne, Elle qui paraissait faire tout son bonheur De l'empire absolu qu'elle avait sur mon cœur; Et je dois recevoir la mort qu'elle me donne.

Sans me plaindre de sa rigueur?

Partout j'en parlerai sans cesse.

Sans cesse mes soupirs demanderont raison De cette lâche trahison.

ASTÉRIE

El quel fruit espérer d'une telle faiblesse?

Quant à moi, j'en voudrais user tout autrement; Et si l'on nie venait apprendre L'infidélité d'un amant.

Sans lui donner le plaisir de m'entendre Soupirer de son changement, Fût-ce des amours le plus tendre.

J'irais dans le même moment

De mon cœur avec lui rompre l'engagement; Et s'agissant de le reprendre, J'en aurais plus d'empressement.

Qu'il n'en aurait de me le rendre.

MÉLICERTE

Hélas! Quel remède à m'offrir!

E'amourd'un tel effort rend- il nos cœurs capables?

Et dans les maux au mien semblables, N'a-t-on qu'à le vouloir pour cesser de souffrir?

Il n'en est guère d'incurables, Quand on se met en tète d'en guérir.

J'en parle sans expérience.

Et je n'ai pas vécu ce qu'il faut pour avoir

Une parfaite connaissance De ce que sur un cœur l'amour prend de pouvoir; Mais, comme l'on soutient avec tant d'assurance, Que toujourslà-dessusonsait plus qu'on ne pense, Sans savoir rien, je pense tout savoir.

MÉLICERTE

Je connais d'où vient ma disgrâce ; L'amour dans ce palais, pour troubler mon bonheur,

A conduit le prince de Tlirace; C'est lui qui de Circé me dérobe le cœur. J'aurais déjà puni ce rival téméraire, Si je n'avais appris qu'il l'ose dédaigner;

Ainsi je le veux épargner

Pour le livrer à sa colère.

Bizarre destinée! A l'ardeur de ses vœux J'abandonne Sylla que je sais qu'il adore;

Et lorsqu'ici ma retraite s'ignore.

Il y vient, malgré lui, mettre obstacle à mes feux; Malgré lui je le vois aimé de l'infidèle

A qui j'ai su tout immoler.

ASTÉRIE

Il est insensible pour elle.

C'est de quoi vous en consoler.

MÉLICERTE

Mais au lieu d'écouter dans un pareil outrage Le courroux qui doit l'animer. S'il fallait, pour s'en faire aimer.

Qu'elle mit contre lui quelque charme en usage?

ASTÉRIE

Avant le temps pourquoi vous alarmer?

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