‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1238 sur 1518 · SCÈNE II LE MARQUIS, VIRGINE · texte numérisé non relu

SCÈNE II LE MARQUIS, VIRGINE

Hé bien, comment la nuit s'est-elle ici passée? Que fait-on?

VIRGINE

Ma maîtresse est fort embarrassée.

Et ce que l'Inconnu fait pour la régaler, Lui donne à tous moments matière de parler. Olympe, aussi bien qu'elle, admire son adresse, Sa manière engageante; et toutes deux.sanscessc. Font rouler l'enlrelien sur les soins d'un amant Qui, sans se découvrir, aime si forlement.

LE MARQUIS

Si toujours le succès répond à l'entreprise, La suite aura de quoi mériter leur surprise.

VIRGINE

Ce qui m'en cause à moi, dont je ne reviens pas. C'est de vous voir tranquille, et si peu d'embarras. Que quelque fêle ici tous les jours qui se donne, Onenchcrcherauleur,sansque!'onvous soupçonne.

LE .MARQUIS

Par où me soupçonner? J'en ai peu de souci. Je loge dans le bourg à quatre pas d'ici. Tous mes gens, hors uu seul qui sait ce qu'il faut Passent là tout le jour à rire, à ne rien faire; [taire. Et cet unique agent, par qui tout se conduit, Va porter dans un bois mes ordres chaque nuit. Peut-ou mieu.x assurer un secret?

VIRGINE

Je l'avoue.

Tant de précaution mérite qu'on vous loue; iMais vous perdrez beaucoup à vous cacher ainsi. Déjà pour vous Olympe a le cœur adouci; 'jEt le galant auteur de tant de belles fêtes, iLa mettrait aisément au rang de ses conquêtes.

LE .MARQUIS

Il est vrai, j'ai connu par certain embarras Qu'elle serait d'humeur à ne me haïr pas; Mais, quand je serais moins à ma belle comtesse, Olympe au chevalier doit toute sa tendresse, Il l'adore; et je l'ai toujours trop estimé, Pour lui ravir l'objet dont je le vois charmé.

VIRGINE

Ma maîtresse aime Olympe, et pour voir cette belle, Permet au chevalier un libre accès chez elle. Depuis qu'elle est ici, par mille tendres soins, De l'amour qui l'attire il rend nos yeux témoins; Mais, plus ou vous verra, plus je crains pour sa

[flamme, Les devoirs qu'il lui rend ne touchent point son âme; Et SCS regards sur vous à toute heure arrêtés, Ne parleraient que trop s'ils étaient écoulés : Mais vous, par quel motif vouloir toujours vous .V-t-onàsecacherquandoneslsùrdeplaire? [taire? Vos soins, sous votre nom, auraient été reçus.

LE MARQUIS

Chacun a ses raisons, et j'en ai là-dessus. Tout ce qui peut charmer se trouve en la comtesse, Mais, soit par défiance ou par délicatesse. Le secret de son cœur se ménage si bien, Qu'avec elle un amant n'est jamais sur de rien : Elle veut être aimée, attire, écoute, engage. Mais le plus avancé n'a pas grand avantage : La presser, c'est se rendre indigne de sa foi ; Et vingt fois, tu le sais, elle a dit devant moi

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