SCENE 111 LE M.\RQU1S, LE CHEVALIER
LE MARQUIS
De quel chagrin VOUS vois-je atteint! Il semble Qu'elle sort en colère. Étes-vous mal ensemble?
LE CHEVALIER
Oui, marquis, et jamais amant ne fut traité Avec tant d'injustice et tant do cruauté. C'est peu que je la trouve ici toute changée, A nuire à votre amour elle s'est engagée. Et veut me voir servir l'Inconnu contre voug.
LE MAIIOCIS.
Si vous la refusez, j'approuve son courroux. Qui se déclare amant, doit tout à ce qu'il aime.
LE CHEVALIER
Contre un parfait ami ? Contre un autre soi-même?
L'amour n'excepte rien.
LE CHEVALIER
Pour ne pas l'irriter,
Je vous trahirais ! Non, laissons-la s'emporter, Le temps et la raison éteindront sa colère.
LE MARQUIS
Une maîtresse ordonne, il faut la satisfaire. Parlez pour l'Inconnu, tous vos soins employés Peut-être me nuiront moins que vous ne croyez.
LE CHEVALIER
La Comtesse l'estime; et son àme incertaine Peut, malgré votre amour...
LE MARQUIS
N'en soyez point en peine.
Sur elle, sur mon cœur je sais ce que je puis.
LE CHEVALIER
Compi'enez-vous aussi quels seraient mes ennuis, S'il fallait que par moi...
LE MARQUIS
Vous n'avez rien à craindre.
Empêchez seulement Olympe de se plaindre.
LE CHEVALIER
Plus je vous vois agir en ami généreux. Plus j'ai de répugnance à combattre vos feux. Je m'oppose pour vous à ce qu'Olympe exige, Et crains tant d'obtenir...
Ne craignez rien, vous dis-je; Et, sans examiner le péril que je cours. Assurez, s'il se peut, le repos de vos jours. Je le verrai sans peine.
LE CHEVALIER
0 bonté que j'admire!
Que ne vous dois-je point, et que puis-je vous dire? Je vais rejoindre Olympe, et, malgré sa froideur, Lui jurer d'un amant la plus soumise ardeur : Je lui promettrai tout ; mais, malgré ma promesse, J'aurai tant de réserve eu voyant la comtesse, Que ce qu'à l'Inconnu je prêterai d'appui, ' Faisant peu contre vous, ne fera rien pour lui.