‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1299 sur 1518 · L'INCONNU, ACTE Y, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

L'INCONNU, ACTE Y, SCÈNE IV

LE VICOMTE

Bon ! Est-ce qu'en province On a le sens commun? Ce sont gens d'esprit miuce.

LE COMÉDIEN

A dire leur avis s'ils sont trop ingénus,

Leurs snlTragcs du moins ne sont point retenus ;

Point d'extases, chez eux, pour une bagatelle.

LE VICOMTK.

La pièce d'aujourd'hui comment se nomme-t-elle?

LE COMÉDIEN

L'Inconnu.

Vlhconnu ?

Madame ?

LE VICOMTE

Si c'était le grosset,

LE COMEDIEN

C'est Psyché, grand et pompeux sujet.

LE VICOMTE

Tant pis, le sérieux en moins de rien m'ennuie: Et n'y joindrez-vous point quelque crispinerie"? J'aime tous les Crispins.

LE COMÉDIEN

Vous en aurez le choix.

LE VICOMTE

J'ai vu le médecin, je crois plus de cent fois.

Ce pendu qu'on étend sur la table, il m'enchante.

LE MARQUIS

C'est avecque justice.

LE VICOMTE

Et cet autre qui chante, fa, sol fa, sol fa ré, mi, fa ; Quand il entonne ainsi son ré, mi, fa, je ris...

Vraiment.

OLYMPE

Il a toujours ses endroits favoris.

LE COMÉDIEN

Pour ne point perdre temps, voulez-vous que je Mettre ici le théâtre, oii j'ai marqué sa place ? [fasse

LA COMTESSE

On dit qu'il est joli, voyons.

LE COMÉDIEN

Notre chanteur A quelque scène à faire avant que d'être acteur, Vouslapourrez entendre, elleest prête. Allonsvite, i Ouvrez, et que chacun de son emploi s'acquitte.

{Ils prennent tons place, et ils ne sont pas plutôt assis qu'on fait rouler vers eux un théâtre dont le devant est orné d'un fort beau tapis où pend une très riche campane. Ce théâtre représente une chambre. Au-devant des deux premiers pilastres qui sont de chaque côté, il y a deux guéridons faits en Mores, portant chacun une girandole. Au-dessus de la corniche de ces pilastres qui sont enrichis, on voit deux corbeilles de Heurs. La frise qui régne sur la façade, représente deux grandes consoles d'or, avec des festons de Heurs qui ceignent le fronton, et entre les deux consoles il y a un rond orné d'une bordure dorée, dans lequel on voit une médaille. La suite de la chambre est enrichie d'arcades, de pilastres, de panneaux remplis d'ornements différents, de coloris, de festons de lleurs, de porcelaines, de vases d'or, d'argent et de lapis, et d'ovales percés à jour. Dans cinq arcades ou niches, qui sont d'azur rehaussé d'or, on voit

cinq statues toutes d'or, représentant des Amours ; et dans le fond de la chambre il y a encore deux guéridons comme les premiers, garnis pareillement de girandoles. De fort riches ornements en embellissent le plafond ; il est percé en cinq endroits, cl'oh sortent cinq lustres. Plusieurs esclaves magnifiquement vêtus, marchent au-devant de ce théâtre, et semblent le conduire quand il s'avance.)

LE VICOMTE

L'invention est drôle. Un théâtre roulant I

LA COMTESSE

J'admire de le voir si propre et si galant.

LE CHEVALIEH.

La décoration en est bien entendue.

OLYMPE

Sans doute, elle a de quoi satisfaire la vue.

LE VICO.MTE.

S'ils prenaient le marèt ([ue la Hoque a laissé, Les troupes de Paris auraient le nez cassé.

UN MORE paraît sur le petit théâtre et chante ces vers.

Amour, à qui tout est possible.

Enflamme, anime tout; et, pour mieux faire voir. Qu'il n'est rien pour toi d'invincible,

Fais aimer cette insensible

Qui se rit de ton pouvoir.

(En même temps quatre Amours sortent de leurs niches, et dardent leurs flèches vers la comtesse ; après quoi le même More chante le refrain suivant avec une femme More.)

L'Amour punit les cruelles; Aimez pour fuir son courroux.

LE MORE, seul.

Que pourrait servir aux belles D'avoir des charmes si doux.

S'ils n'étaient faits que pour elles'?

Ensemble.

L'amour punit les cruelles; Aimez pour fuir son courroux.

LA FEMME MORE, seule.

So-yez tendres et fidèles ; Il s'armera contre vous, Si vous faites les rebelles.

Ensemble.

L'Amour punit les cruelles ; Aimez pour fuir son courroux.

(Ces vers étant chantés, les Mores du petit théâtre se joignent aux Amours pour faire une entrée, laquelle étant finie, la comtesse dit.)

LA COMTESSE

On nous trompe, et jamais comédiens qui passent N'eurent cet appareil.

OLYMPE

Ceux-ci vous embarrassent'?

LA COMTESSE

Non, je découvre assez que tout est concerté, La fête finira par cette nouveauté.

Maisenfinlesacteursque Tonnons faitconnaître, Comédiens, on non, commencent à paraître. Il faut les écouter.

LU VICOMTE

Soyons donc écoulants ; Maisj'en tiens, s'il les faut écouter bien longtemps.

(On joue les trois scènes suivantes sur le petit théâtre.)

Page 1