‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 130 sur 1518 · SCÈNE I ISABELLE, JACINTE · texte numérisé non relu

SCÈNE I ISABELLE, JACINTE

JACINTE. i

L'affaire me paraît bientôt expédiée :

Vous, aujourd'hui promise, et demain mariée !

JaciQte, que veux-tu? J'en suis au désespoir; Mais dans mon déplaisir j'écoute mon devoir, Et me résous enfin aux maux (|ue me prépare L'aveugle ambition d'un père trop avare.

JAi;iNTE.

Ne vous y trompez point, c'est le jeu du vieux temps ; Gardez d'être aujourd'hui trop sage à vos dépens : C'est un étrange nœud que le nœud d'hyméuée.

ISAIiELLE.

Qu'y puis-je faire enfin'? Sa parole est donnée, Il le veul, et tu sais qu'il me vient d'avertir Que dans une lieui'e ou deux je sois prête à partir: Au mallieur qui m'accable il n'est point de remède.

JACINTE

Quoi'? Vous iriez trouver votre époux à Tolède; Et, parce qu'il a bruit d'avoir foi'ce ducats. Il est si grand seigneur quMI n'en remuerait pas? Ma foi, jusqu'à l'hymen je serais la maîtresse.

Mais on me le commande.

JACINTE

0 l'étrange faiblesse!

I Dût se rompre l'accord, je me ferais prier; I II n'est, tout bien pesé, que d'être à marier, [ge; 'i Qu'unamant importune, on l'abandonne, on chan-

Fussiez-vousun démon, on vous appelle un ange. De cent soumissions vous payez un galant, En lui laissant baiser le bout de votre gant; Chacun tâche à vous plaire avec un soin extrême: Mais dans le mariage il n'en va pas de même; Notre bon temps est fait, adieu, c'est assez ri ; Qui nous flaltait amanl, nous rechigne mari : Le flambeau d'hyménee amortit bien sa flamme; La plus belle maîtresse est une laide femme; Et sitôt que l'amour laisse agir la raison, L'on connaît qu'il n'est point de charmante prison. Peu sous ce triste joug ont TSme bien contente.

Sur cet article-là tu parais bien savante.

JACINTE

Jadis ma bonne mine avait ses parlisans; Je sais ce qu'en vaut raune.el j'ai pi us de quinze ans. Je connais à peu près le train commun des choses; Ces matières pour vous sont encor lettres closes : Mais se vendre soi-même est un triste marché. L'on ne s'en dédit point quand le mot est lâché. L'hymen nous asservit aux caprices d'un homme; Et j'en connais beaucoup, sans que je vous les nom- Qui n'en ayant jamais examiné les lois, [me.

Ont pris le frein aux donts,et s'en mordent les doigts. Croyez-moi, de l'amour c'est un puissant remède; L'on ne fait guère état de ce que l'on possède. Le vrai plaisir consiste au pouvoir du refus; Ouand un bien estacquis,dèslorson n'enveutplus: En vain à lestimer sa valeur nous convie; La difficulté seule échauffe notre envie; Et celui qui nous charme avec le plus d'appas. C'est celui qu'obtenant l'on peut n'obtenir pas.

Tu n'avais point cncoi-e étalé ta science.

JACINTE

Avec votre devoir et votre obéissance.

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