‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1342 sur 1518 · LE FESTIN DE PIERRE, ACTE III, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

LE FESTIN DE PIERRE, ACTE III, SCÈNE VII

D. JUAX.

Effronté, D'un voile honnôte, au moins, couvre la làciielé.

SGANAHEI.LE.

D'un vaillant homme mort la gloire se publie. Mais j'en fais moins de cas que d'un poltron eu vie.

D. JUAN

Sais-tu pour qui mon bras vient de s'employer?

SGAXAIIELLE.

Non.

D. JUAX.

Pour un frère d'Elvire.

SGAXARELLE.

Un frère ? Tout de bon ?

D. JL'AS.

J'ai regret de nous voir ainsi brouillés ensemble, Il parait honnête homme.

SGA.NARELLE.

Ah ! monsieur, il me semble Qu'en rendant un peu plus de justiceàsa sœur...

D. JUA.V.

Ma passion pour elle est usée en mon cœur, Et les objets nouveaux le rendent si sensible, Qu'avec l'engagement il est incompatible. D'ailleurs,ayant pris femme eavingt lieux différents, Tu sais pour le secret les détours que je prends. A ne point éclater toutes je les engage ; Et si l'une en public avait quelque avantage. Les autres parleraient, et tout serait perdu.

SGAXARELLE.

Vous pourriez bien alors, monsieur, être pendu.

D. JUAN

Maraud.

SGAXARELLE.

Je vous entends, il serait plus honnête. Pour mieux vous ennoblir, qu'on vouscoupàt la tète; Mais c'est toujours mourir.

D. JUAN, voynni un tombeau sur lequel est une statue.

Quel ouvrage nouveau Vois-je paraître ici !

SGANARELLE

Bon, et c'est le tombeau Où votre commandeur, qui pour lui le fit faire. Grâce à vous, gît plus lot qu'il n'était nécessaire.

D. JOAX.

On ne m'avait pas dit qu'il fût de ce côté. Allons le voir.

SGAXARELLE.

Pourquoi cette civilité ?

Laissons-le là, monsieur, aussi bien il me semble Que vous ne devez pas être trop bien ensemble.

D. JUAN

C'est pour faire la paix que je cherche à le voir; i£t, s'il est galant homme, il doit nous recevoir. Entrons.

S(;axarelle.

Ah, que ce marbre est beau! Ne lui déplaise. Il s'est là, pour uu mort, logé fort à son aise.

D. JUAN

J'admire celte aveugle et sotte vanité.

Un homme, en son vivant, se sera contenté

D'un bâtiment fort simple, et le visionnaire

En veut un tout pompeux quand il n'en a que faire.

SGAXARELLE.

Voyez-vous sa statue, elcommeil tieutsa main?

D. JOAN

Parbleu, le voilà bien en empereur romain.

SGAXARELLE.

Il me fait quasi peur. Quels regards il nous jette? C'est pour nous obliger, je pense, à la retraite. Sans doute qu'à nous voir il prend peu de plaisir.

Si de venir dîner il avait le loisir,

Je le régalerais. De ma part, Sganarelle,

Va l'en prier.

SGANARELLE

Lui?

D. JUAN

Cours.

SGAKARELLB.

La prière est nouvelle.

Un mort! Vous moquez -vous?

D. JUAN

Fais ce que je t'ai dit.

SGAXARELLE.

Le pauvre homme, monsieur, a perdu l'appétit.

D. JUAN

Si tu n'y vas...

SGANARELLE

J'y vais. Que faut-il que je dise?

D. JUAN

Que je l'attends chez moi.

SGANARELLE

Je ris de ma sottise. Maismonraaîtreleveut. Monsieur le Commandeur, Don Juan voudrait bien avoir chez lui l'honneur De vous faire un régale. Y viendrez-vous? [La statue baisse la tête, et Sganarelle tombant sur les genoux, s'icrie : )

A l'aide !

D. JUAX.

Qu'est-ce? Qu'as-tu? Dis donc.

SGANARELLE

Je suis mort sans remède La statue...

D. JUAX.

Hé bien, quoi? Que veux-tu dire?

SGANARELLE

Hélas?

La statue...

D. JUAN

Enfin donc, tu ne parleras pas?

SGAXARELLE.

Je parle, et je vous dis, monsieur, que la statue...

D. JUAN

Encor?

Page 1