ACTE CINQUIÈME
Comme c'est dans cet acte que se doit faire l'essai du combat à la barrière, que le baron prépare depuis si longtemps pour le jour du mariage de ses nièces, on découvre dans le fond du théâtre un grand dais en forme de pavillon, sous lequel les juges du combat doivent venir prendre leur place. 11 est de couleur de pourpre, retroussé par six amours et garni de franges, houppes et canipane d'or. On monte sous ce magnifique dais par deux grands escaliers dont les rampes sont ornées de balustrades avec des soleils d'or. Une aulre balustrade faite de la même manière, parait au milieu; elle est supportée par
deux figures d'or, dont cette décoration est si remplie, que rien ne peut disputer d'éclat avec elle que ceux à qui elle doit servir de champ de bataille. Le reste de la décoration est composé de plusieurs pilastres de lapis veiné d'or, dont les chapiteaux et les bases sont d'or, aussi bien que les trophées d'armes qui sont sur une balustrade qui règne au-dessus en forme d'attique. Seize piédestaux sortent en saillie, sur le.squels on voit autant de figures d'or portant des flambeaux, dont la lumière ne contribue pas peu à faire paraître tout ce que ce théâtre a de brillant. Ismène en vient d'abord admirer la magnificence avec Lucile, à qui elle fait confidence des nouvelles protestations que Dorante lui a faites de n'aimer jamais qu'elle, et de le déclarer même devant Clarisse, si Clarisse se pouvait trouver présente. Le baron survient, qui apprend à sa nièce que cette dangereuse rivale est arrivée, et qu'il lui a parlé dans un jardin voisin oij Oronte lui avait donné rendez-vous pour elle; mais qu'il n'a pu obtenir ; qu'elle ôtàt un masque qui lui a toujours caché sou [visage. 11 ajoute qu'il a su d'elle, qu'ayant vu Dorante obstiné dans sa perfidie, elle était résolue de l'abandonner à sa destinée, et de chercher dans ( l'oubli le repos que son amour avait si longtemps troublé. En même temps plusieurs dames voisines que le baron a invitées à l'essai de la fête, arrivent avec Aminte et Angélique. Deux d'entre elles représentant Junon et Pallas, doivent être les juges du coinbal, et donner les prix avec Angélique qui est habillée en Vénus. Les trompettes qui sonnent les obligent à prendre place sous le dais préparé. Les trois juges y sont conduits par un héraut tenant son caducée à la main. On voit un ovale dans le devant et sur le derrière de sa casaque, où est peinte une devise qui est à la gloire des dames, aussi bien que toutes celles qui font une partie des ornements des quadrilles. J'ai déjà averti que je ne prétendais point les l'aire passer pour de véritables devises; on peut leur donner le nom de chiffres parlants, ou tel autre qu'on voudra, sans que j'y trouve rien à dire. J'ai mis quelques vers au bas de chacune, pour expliquer autant que je l'ai pu, le sens des paroles italiennes ou espagnoles qui leur servent d'âme. Celle du héraut a pour corps un soleil, avec ces mots : hax
DUE BEGLI OCCHI .\NCOR KUOCO MAGGIORE.
Si quand de mille feux ce bel astre étincelle. Pour en fuir la chaleur, on cherche du secours,
La nuit nous l'assure contre elle; Mais il n'est point de nuit pour les yeux d'une belle,
C'est un feu qui brûle toujours.
C'est par l'entrée de ce héraut que commence la galanleiie du combat, dont le baron a fait publier longtemps auparavant les ordonnances et les articles arrêtés qui suivent, en faisant faire la publication du cartel des tenants.
LE TRIOMPHE DES DAMES, ACTE V
UllUO.NNANCES DU CAMP.
I. Los tenants entreront les premiers au camp, cl nul npros eux qui n'ait ciiarge, ne soit assaillant, ou de l'équipage.
IL Les assaillants viendront avec livrées, écus, noms, armes et devises, qui seront toutes à la gloire des dames, s'ils veulent être reçus au camp, où ils ne pourront entrer sans la permission des juges.
III. Avant le jour du combat, un héraut portera foutes les devises aux juges, afin qu'ayant eu le temps de les examiner, ils donnent le prix à la meilleure.
IV. Ils combattront selon l'ordre qu'ils seront entres, et rompront seulement chacun trois piques.