LE COMTE D'ESSEX, ACTE I. SCENE II
,\e veut pas que contre eux les gens de bien linsti'ui- Maîlrcs de son espril, ils lui font approuver [sent. Tout ce qui peut servir à les mieux élever. I.eurjîrandeui- se fornianl par lacliutcdcs autres...
SALSiaiiV.
Ils ont leurs iiitériMs, ne parlons que des vôtres. Depuis quatre ou cinq jours, sur quels justes projets .Vvez-vous de la reine assiégé le palais, Lorsque le duc d'Irton épousant Henriette...
LIÎ COMTE.
Ail, faute irréparable, et que trop lard j"ai faite! Au lieu d'un peuple lâche et prompt à s'étonner, Que n'ai-je eu pour secours une armée à mener! Par le fer, par le l'eu, par tout ce qui peut être, J'aurais de ce palais voulu me rendre maître. C'en est fait, biens, trésors, rangs, dignités, emploi, Ce dessein m'a manqué, tout est perdu pour moi.
SAI.SBUBy.
Que m'apprend ce transport?
LE COMTE
Qu'une flamme secrète Unissait mon destin à celui d'Henriette, Et que de mon amour son jeune cœur charmé Ne me déguisait pas que j'en étais aimé.
SALSBURy.
Le duc d'Irton l'épouse elle vous abandonne, Et vous pouvez penser...
LE COMTE
Son hymen vous étonne; Mais enfin apprenez par quels motifs secrets Elle s'est immolée à mes seuls intérêts. Confidente à la fois, et fille de la reine, Elle avait su vers moi le penchant qui l'entraîne. Pour elle, chaque jour, réduite à me parler. Elle a voulu me vaincre, et n'a pu m'ébrauler; Et voyant son amour, où j'étais trop sensible, Me donner pour la reine un dédain invincible, Pour m'en ôter la cause, en m'ôtant tout espoir. Elle s'est mariée... Hé, qui l'eût pu prévoir? Sans cesse, en condamnant mes froideurs pour la Elle me préparait à cette affreuse peine; [reine. Mais, après la menace, un tendre et prompt retour Me mettait en repos sur la foi de l'amour : Enfin, par mon absence à me perdre enhardie, Elle a contre elle-même usé de perfidie. Elle m'aimait, sans doute, et n'a donné sa foi Qu'en m'arrachant un cœur qui devait être à moi. A ce funeste avis, quelles rudes alarmes! Pour rompre son hymen j'ai fait prendre les armes. En tumulte au palais je suis vite accouru. Dans toute sa fureur mon transport a paru ; J'allais sauver un bien qu'on m'ôtait par surprise. Mais, averti trop tard, j'ai man(|ué l'entreprise. Le duc, unique objet de ce transport jaloux. De l'aimable Henriette était déjà l'époux. Si j'ai trop éclaté, si l'on m'en fait un crime. Je mourrai de l'amour innocente victime. Malheureux de savoir qu'après ce vain effort, Le duc toujours heureux jouira de ma mort.
SALSBUBY.
Celle jeune duchesse a mérité, sans doute, Les cruels déplaisirs que sa perte vous coûte; Mais,daus l'heureux succès que vos soins avaient eu, Aimé d'elle en secret, pourquoi vous être tu? La reine dont pour vous la tendresse infinie Prévient jusqu'aux souhaits...
LE C0.MTE.
C'est là sa tyrannie.
Et que me sert, hélas! cet excès de faveur Qui ne me laisse pas disposer de mon cœur? Toujours trop aimé d'elle il m'a fallu contraindre Cet amour qu'Henriette eut beau vouloir éteindre. Pour ne hasarder pas un objet si charmant, De la sœur de Suffolc je me feignis amant. Soudain son implacable et jalouse colère Eloigna de mes yeux et la sœur et le frère. Tous deux, quoique sans crime, exilés de la cour. M'apprirent encor mieux à cacher mon amour. Vous en voyez la suite, et mou malheur extrême. Quel supplice! Un rival possède ce que j'aime! L'ingrate au duc d'Irton a pu se marier! Ah, ciel!
SALSBURY.
Elle est coupable, il la faut oublier.
LE COMTE
L'oublier! Et ce cœur en deviendrait capable? Ah! Non, non, voyons-la cette belle coupable. Je l'attends en ce lieu. Depuis le triste jour Que son funeste hymen a trahi mon amour, N'ayant pu lui parler, je viens enfin lui dire...
SALSBURY.
La voici qui paraît. Adieu, je me retire.
Quoi que vous attendiez d'un si cher entretien.
Songez qu'on veut vous perdre, et ne négligez rien.