‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1404 sur 1518 · LE COMTE D'ESSEX, ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

LE COMTE D'ESSEX, ACTE III, SCÈNE IV

Mais le ci-imo loujours ne suit pas l'apparence; Et dans le rani,' illustre où ses vertus l'ont mis, Estimé (le sa reine, il a des ennemis. Pour lui, pour vous, pour nous, craignez lesarti fiées De ceux qui de sa mort se rendent les complices. Songez que la clémence a toujours eu ses droits. Et qu'elle est la vertu la plus digne des rois.

ÉLISAUIÎTH.

Comte de Salsbury, j'estime votre zèle, J'aime à vous voir ami généreux et fidèle. Et loue en vous l'ardeur que ce noble intérêt Vous donne à murmurer d'un équitable arrèl. J'en sens ainsi que vous une douleur extrême. Mais je dois à l'État encor plus qu'à moi-même. Si j'ai laissé du comte éclaircir le forfait. C'est lui qui m'a forcée à tout ce que j'ai fait. Prête à tout oublier, s'il m'avouait son crime, On le sait, j'ai voulu lui rendre mon estime ; Ma bonté n'a servi qu'à redoubler l'orgueil, Qui dos ambitieux est l'ordinaire écueil. Des soins qu'il m'a vu prendre à détourner l'orage, Quoique sur d'y périr, il s'est fait un outrage. Si sa tète me fait raison de sa fierté, C'est sa faute, il aura ce qu'il a mérité.

SALSBURY.

Il mérite, sans doute, une honteuse peine. Quand sa fierté combat les bontés de sa reine. Si quelque chose en lui vous peut, vous doit blesser. C'est l'orgueil de ce cœur qu'il ne peut abaisser. Cet orgueil qu'il veut croire au péril de sa vie; Mais, pour être trop fier vous a-t-il moins servie? Vousa-t-il moins montré dans cent et cent combats. Que pour vous il n'est rien d'impossible à son bras? Par son sang prodigué, par l'éclat de sa gloire. Daignez, s'il vous en reste encor quelque mémoire. Accorder au malheur qui l'accable aujourd'hui, Le pardon qu'à genoux je demande pour lui. Songez que si jamais il vous fut nécessaire. Ce qu'il a déjà fait il peut encor le faire. Et que nos ennemis tremblants, désespérés. N'ont jamais mieux vaincu que quand vous le per- ÉLisABETH. [drez.

Je le perds à regret, mais enfin je suis reine; 11 est sujet, coupable, et digne de sa peine : L'arrêt est prononcé, comte, et tout l'univers Va sur lui, va sur moi tenir les yeux ouverts. Quand sa seule fierté, dont vous blâmez l'audace. M'aurait fait souhaiter qu'il m'eùtdemandé grâce, • Si par là de la mort il a pu s'affranchir,

Dédaignant de le faire, est-ce à moi de fléchir? Est-ce à moi d'endurer qu'un sujet téméraire A d'impuissants éclats réduise ma colère, V Et qu'il puisse, à ma honte, apprendre à l'avenir Que j'ai connu son crime, et n'osai le punir?

SALSBUllY.

On parle de révolte, et de ligues secrètes; Mais, madame, on se sert de lettres contrefaites : Les témoins par Cécile ouïs, examinés, Sont témoins que peut-être on aura subornés;

Le comte les récuse, et quand je le soupçonne...

ELISABETH

Le comte est condamné; si son arrêt l'étonné. S'il a pour l'affaiblir quelque chose à tenter. Qu'il rentre en son devoir, on pourra l'écouter. .Vllez, mon juste orgueil que son audace irrite Peut faire grâce encor, faites qu'il la mérite.

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