‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1420 sur 1518 · SCÈNE VIII ELISABETH, SALSBLRY, TILNEY · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII ELISABETH, SALSBLRY, TILNEY

ELISABETH

Hébien,c'en est donc fait? Vous n'avez plus d'ami.

SALSBURV.

Madame, vous venez de perdre dans le comte Le plus grand...

Je le sais, et le sais à ma honte; Mais si vous avez cru que je voulais sa mort. Vous avez de mon cœur mal connu le transport. Contre moi, contre tous, pour lui sauver la vie, 11 fallait tout oser, vous m'ajiriez bien servie; Et ne jugiez-vous pas que ma triste fierté Mendiait pour ma gloire un peu de sûreté '? Votre faible amitié ne l'a pas entendue, Vous l'avez laissé l'aire et vous m'avez perdue. Me faisant avertir de ce qui s'est passé. Vous nous sauviez tous deux.

SALSDURY.

Hélas, qui l'oùlpensé"?

Jamais ellet si prompt ne suivit la menace.

N'ayant pu le résoudre à vous demander grAce, J'assemblais ses amis j)our venir à vos pieds [biez; Vous montrer par sa mort dans quels maux vous tom- Quand mille cris confus nous sont un si'lr indice Du dessein qu'on a pris de hAter son supplice. Je dépêche aussitôt vers vous de tous côtés.

ELISABETH

Ah ! le lilche Coban les a tous arrêtés. Je vois la trahison.

SALSnUllY.

Pour moi, sans me connaître, Tout plein de ma douleur, n'en ('tant pi us le maître, J'avance, et cours vers lui d'un pas pn^ipité. Au pied de l'échafaud je le trouve arrêté. Il movoit,il m'embrasse, et, sansque rionTétonne, i'Quoiqu'àtort,»medit-il, «lareinemesoupçonne, Voyez-la de ma part, et lui faites savoir Que rien n'ayant jamais ébranlé mon devoir. Si contre ses bontés j'ai l'ait voir quelque audace, Ce n'est pas par fierté que j'ai refasé grâce. Las de vivre, accablé des plus mortels ennuis, En courant à la mort, ce sont eux que je fuis. Et s'il m'en peut rester, (|uand je l'aurai soufferte. C'est de voir que déjà triomphant de ma perte, Mes lâches ennemis lui feront éprouver... » On ne lui donne pas le loisir d'achever. On veut sur l'échafaud qu'il paraisse, il y monte. Comme il se dit sans crime, il y paraît sans honte ; Et saluant le peuple, il le voit tout en pleurs Plus'vivemont que lui ressentir ses malheurs. Je tâche cependant d'obtenir qu'on diffère. Tant que vous ayez su ce que l'on ose faire. Je pousse mille cris pour me faire écouler; Mes cris hâtent le coup que je pense arrêter. Il se met à genoux ; déjà le fer s'apprête. D'un visage intrépide il présente sa tête, Qui du tronc séparée...

ELISABETH

Ah ! ne dites plus rien.

Je le sens, son trépassera suivi du mien. Fière de tantd'honneurs, c'est parluiquejerègne, C'estpar luiqu'il n'est rienoù ma grandeur n'attei- Par lui, par sa valeur, ou tremblants ou délai ts,[gne. Les plus grands potentats m'ont demandé la paix, El j'ai pu me résoudre... Ah, remords inutile ! Il meurt, et par toi seule, ô reine ti'op facile. Après que tu dois tout à ses fameux exploits, De son sang pour l'État répandu tant de fois, Qui jamais eût pensé qu'un arrêt si funeste Dût sur un échafaud faire verser le reste? Surunéchafaud,ciel IQuellehorreur! Quel revers! Allons, comte, et du moins aux yeux de l'univers Faisons que d'un infâme et rigoureux supplice Les honneurs du tombeau réparent l'injustice. Si le ciel à mes vœux peut se laisser toucher, Vous n'aurez pas longtemps à me la reprocher.

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