SGÈ-NE XIII M. GILET, M.\D.\ME JOBIN
M. GILET
Que je suis heureux ! Mon épée, ma chère épée, il faut que je te baise et rebaise.
MADAME JOBIX.
Êtes-vous content de moi?
Si je le suis, madame Jobin ! Vous êtes la reine des femmes. Voilà ma bourse, prenez ce qu'il vous plaira, je ne vous saurais trop bien payer.
MADAME JOBIX.
Je ne cherche qu'à obliger les honnêtes gens, et je n'ai jamais rançonné personne. Vous agissez si franchement avec moi, que trente louis me suffiront. Je ne veux rien de vous davantage.
M. GILET
Trente louis ! En voilà quarante en dix belles pièces, j'en aurais donné volontiers deux cents. Quand on m'a rendu un service, je n'ai jamais regret à l'argent.
MADAME JOBIN
Je suis fâchée que vous ayez reçu un soufflet, mais...
M. GILET
Cela n'est rien, et puis ce n'est poiul la faute de l'épée. Je vois bien que si je l'eusse tirée plus tôt, on ne m'aurait point donné le soufflet.
MADAME JOBIX.
Assurément.
M. GILET
Comme je vais tenir tête à mes petits messieurs les fanfarons qui se mêlent de me railler!
MADAME JOBIV.
Écoutez, monsieur Gilet, si vous m'en croyez, vous ne tirerez point l'épée ici. Outre que ce serait une nouveauté qui donnerait lieu de soupçonner quelque chose, vous ne manqueriez point à tuer quelqu'un, et un homme tué met les gens en peine.
LA DEVINERESSE, ACTE I, SCÈNE XV
M. GlI.r.T.
Vous avez raison.
MADAME JOBIN
Il vaut mieux que vous alliez à l'armée. Vous tuerez là autant d'ennemis que vous voudrez; et comme les belles actions sont aisées à faire quand on ne court aucun risque, dès votre première campagne, vous pouvez devenir meslre de camp.
M. GILET
Mestre de camp !
MADAME JOniN.
La fortune est belle.
M. GILET
Je n'en serai point ingrat. Comment? On verrait le nom de Gilet dans la gazette. Que de joie pour mon bonhomme de père! Je cours trouver mon tailleur. Il a toujours des habits tout prêts, et je brûle de me voir en brave.
MADAME JOBIN
Vous paraîtrez un vrai Mars.
M. GILET
Je le crois, mais voici un homme qui entre bien brusquement. Voulez-vous que je le fasse sortir?