‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1437 sur 1518 · SCÈNE XV LA GmAUDIÉRE, MADAME JOBIN · texte numérisé non relu

SCÈNE XV LA GmAUDIÉRE, MADAME JOBIN

LA GIRAUDIÉRE.

Jouez-vous ici la comédie?

MADAME JOBIN

C'est un fou qui m'étourdit il y a une heure de ses visions. Mais je vous prie, que venez-vous faire chez moi? Je suis toute surprise de vous y voir.

J'ai une chose à vous demander.

MADAME JOBIN

A moi? à une ignorante? Vous savez bien que je ne sais rien, et vous le dites partout.

LA GIRAUDIÉRE.

Si vous me parlez juste sur un vol qui m'a été l'ait depuis deux jours, je vous promets de ne dire jamais que du bien de vous.

MADAME JOBI.V.

On vous a donc volé quelque chose?

LA GIRAUDIKIIE.

Oui, une paire de pistolets, qui sont les meilleurs du monde, et que je voudrais avoir rachetés le double de ce qu'ils m'ont coûté. Faites-les-moi retrouver ; je suis à jamais de vos amis.

MADAME JOBIN

Moi? Je ne suis point assez habile pour faire retrouver les choses perdues.

LA GIRAUDIÉRE.

Mes pistolets, je vous en conjure.

MADAME JOBIN

Comment pourrais-je vous dire où ils sont? Je me môle de la bonne aventure, comme beaucoup d'autres, qui sont aussi ignorantes que moi; mais faire retrouver des pistolets !

Voulez-vous être toujours en colère?

MADAME JOBIX.

Vous le mériteriez bien. Qu'on m'apporte un bassin plein d'eau. Un verre me suffirait, mais je veux que vous voyiez vous-même les choses distinctement; et afin que vous ne croyiez pas que j'aie aucun intérêt à vous éblouir, je vous déclare que je ne veux point de votre argent.

LA GIRAUDIÉRE.

Je sais comme il faudra que j'en use.

MADAME JOBIN

Voici ce qu'il faut. {Bm à Mnihurine.) Est-on là tout prêt ■?

MATHURINE, bas.

Parlez hardiment, rien ne manquera.

MADAME JOBIN

Approchez. Regardez dans ce bassin. Ne voyezvous rien ?

LA GIRAUDIÉRE.

Non.

MADAME JOHIN.

Penchez-vous de la manière que je fais, et regardez fixement sans détourner les yeux du bassin. Ne voyez-vous rien ?

LA GIRAUDIÉRE.

Rien du tout.

Rien du tout ? Il faut donc que vous ne regardiez pas bien, car je vois quelque chose, moi.

LA GIRAUDIÉRE.

Vous voyez ce qu'il vous plaît, mais cependant

c'est moi qui dois voir. {On laisse tomber un zigzag du haut du plancher qui tient une toile, sur laquelle sont peints deux pistolets sur une table.) Ah ! je commence.

Oui, je vois mes pistolets, ils sont sur la table d'un cabinet, où il me semble avoir quelquefois entré. Je... je ne vois plus rien ! Où diable faut-

LA DEVINERESSE, ACTE II, SCÈNE I

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il que jn les aille chercher? Je ne puis me remellre le cabinet.

MADAME JÛIHN.

11 me semble que j'ai assez fait pour vous, de vous faire voir le lieu où vous trouverez vos pistolels.

LA i;iiiAui)ii':iiK.

J'aimerais bien mieux que vous m'eussiez fait voir le voleur. Je ne serais pas eu pciue de les retirer.

MADAME JOlilX.

J'ai commencé, et il ne faut pas faire les choses à demi pour vous. Regardez encore dans le bassin ; mais n'en dclournez pas la vue, car la figure de celui qui a pris vos pistolels n'y paraîtra qu'un moment. Que voyez-vous?

LA GIRAUDIÉHE.

Rien encore. (Le mime ziijzag fait voir ui> porlrail.)

Ah !Je vois... c'est Valcreux, undemes plus intimes amis. Je lui cachai une épée il y a quelque temps, il a voulu à son tour me faire chercher mes pistolets. Je cours chez lui.

MADAME JOBIN

Vous y pouvez aller en toute assurance. L'épreuve que je viens de faire n'a jamais manqué.

LA GIRAUDIKRE.

Vous ue perdrez rien à ce que vous aurez fait pour moi. J'ai du crédit, et ce ne vous sera pas peu de chose d'avoir converti un incrédule de mon caractère.

{La Giraudière son.) MADAME JOBIN, « ilallmrine.

Voilà qui va bien. Il semble à demi gagné, et s'il peut une fois l'êlre tout à fait, il voit la comtesse, et je ne doute point que ce qu'il lui dira do l'incident du bassin, ne la confirme dans l'entêtement où elle est démon prétendu savoir. Tandis que j'ai un moment à moi, il faut aller donner ordre à ce qui doit éblouir les autres dupes qu'on m'a promis dem'amener aujourd'hui.

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