SCÈNE VIII MADAME JOBIN, LE CHEVALIER
LE CHEVALIER
Afin que vous ne preniez pas mon aimable veuve
pour quelque autre, elle m'a donné son portrait. Il faut vous le faire voir. Examinez-le, il n'y a rien de plus ressemblant.
MADAME JOBIN
Vous avez lieu d'en être touché, c'est une fort belle brune.
LE CHEVALIER
Écoutez, madame Jobin, si vous l'obligez une fois à vous croire, je crains qu'elle ne vous mette à de trop fortes épreuves ; car sa parente m'a averti qu'elle vient particulièrement vous trouver à la prière d'une comtesse qu'elle a vue depuis une heure, et qui l'a fortement assurée qu'elle ne vous demandera rien que vous ne fassiez.
MADAME JOBIN
Est-elle tout à fait persuadée que vous ne soyez point à Paris !
LE CHEVALIER
Ses gens m'ont vu monter à cheval. Elle a écrit au lieu où je lui ai marqué que j'allais. On lui a mandé qu'on m'y avait vu, et hier encore elle reçut une lettre d'un de nos amis communs de ce pays-là, qui feignait qu'il me venait de quitter tout accablé de douleur. Je l'avais prié en partant de lui écrire de cette sorte, afin que mon retour lui fût caché. Ainsi elle ne doute point que je ne sois encore à vingt lieues d'elle.
MADiME JOBIN.
Puisque cela est, je veux lui faire naître l'envie de vous voir. Voici un miroir que j'avais fait préparer pour une autre affaire, je m'en servirai pour vous. Quand voire marquise sera ici, et que vous m'aurez entendu faire une manière d'invocation, vous n'aurez qu'à venir derrière ce miroir baisant son portrait. Elle vous saura bon gré de cette marque d'amour.
LE CHEVALIER
Mais comment me verra-t-eile, si je suis derrière le miroir?
MADAME JOBIN
Ne vous incitez en peine de rien. Vous vous retirerez après quelques baisers donnés au portrait; et si je vous demande quelque autre chose, vous le viendrez faire.
Elle a de la défiance et de l'esprit ; prenez garde...
MADAME JOBIN
Fiez-vous à moi, je ne ferai rien mal à propos.