M.\DAME J01!IN
Il y a bien de l'apparence.
D.\MK Fn.\Nr,OISE.
Faites quelque chose pour moi. On m'a dit que vous ne saviez pas seulement deviner, mais que vous guérissiez quantité de maux avec des paroles.
M.4DAME JOBIN
Le vôtre est un peu gaillard.
DAME FRANÇOISE
Je ne demande pas que vous me désenfliez tout à fait, je ne veux qu'un peu de soulagement. L.\ MARQUISE, H madame Jobiii.
Vous ne devez pas refuser, madame. Ce ne sera pas une chose si difficile pour vous que de la guérir. On en publie de bien plus surprenantes que vous avez faites.
MADAME JOBIN, à la martjuiie.
Dites le vrai. Celle-ci vous parait au-dessus de mou pouvoir?
LA MAROUISE.
J'avoue que je vous croirai une habile femme si vous faites un pareil miracle.
MADA.ME JOBIN.
11 faut vous en donner le plaisir. Aussi bien il y a de la charité à ne pas laisser souffrir les affligés.
LA .MARQUISE
Quoi, VOUS guérirez cette enflure en ma présence?
MADAME JÛBIX.
En voIre présence, et vous l'allez voir. Je prétends ([u'avant que madame sorte d'ici, il ne lui en reste pas la moindre marque.
LA MARQUISE
C'est dire beaucoup.
DAME FRANÇOISE, à madame Jobin.
Eh ! Madame, ne me promettez point ce que vous ne sauriez tenir. Il y a plus de trois ans que le mal me tient, et je serais bien heureuse si vous m'en pouviez guérir en trois mois. Les médecins et les empiriques y ont employé tous leurs remèdes.
Je vais vous faire voir que j'en sais plus qu'eux. Mais il faut que vous trouviez quelqu'un assez charitable pour recevoir votre enflure; car, comme elle vient d'un sort qui doit avoir toujours son effet, je ne puis la faire sortir de votre corps qu'elle ne passe dans celui d'un autre, homme ou femme, comme vous voudrez, cela ne m'importe.
LA MARQUISE, à viaclame Jobin.
Vous vous tirez d'affaires par là. Personne ne voudra recevoir l'enflure, vous eu voilà quitte.
DAME FRANÇOISE
C'est bien assez que vous ne me sachiez guérir, il ue fallait pas vous moquer encore de moi.
-MADAME JOBIN
Je ne me moque point de vous. Trouvez quelqu'un, et je vous désenfle.
DAME FRANÇOISE
OÙ le trouver? Il ne tiendrait pas à de l'argent. Si votre servante veut prendre mon mal.
MATHURINE
Moi, madame? Je ne le ferais pas quand vous me donneriez tout votre bien. Qu'est-ce qu'on croirait, si on me voyait un ventre comme le vôtre? On ne dirait pas que ce serait votre enflure.
LA MARQUISE
Vous avez une fille d'ordre, elle craint les médisants.
Il n'y a ici que des gens d'honneur.
LA MARQUISE, à dame Fraiiçohe.
Je voudrais voir cette expérience. Ne connaissezvous personne que put se laisser gagner. On fait tant de choses pour de l'argent.
DAME FRANÇOISE
Je chercherai. Mais il faut du temps pour cela. Attendez. J'ai là-bas le valet de mon fermier. Peutêtre voudra-t-il bien faire quelque chose pour moi.
"LA MARQUISE
Vite, qu'on appelle le valet du fermier de madame.
MATHURINE
J'y]cours.
MADAME JOBIN
Si ce valet veut, je ne demande qu'un demiquart d'heure, et madame se trouvera désenflée.
LA MARQUISE
Je le croirai, quand je l'aurai vu.