‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1454 sur 1518 · SCÈNE I LE MARQUIS, MATHURINE · texte numérisé non relu

SCÈNE I LE MARQUIS, MATHURINE

LE MARQUIS

Peut-on voir madame Jobin"?

MATHURINE

Est-ce que vous avez quelque chose de si pressé à lui dire"? Dame, elle a bien des gens à qui parler.

LE MARQUIS

J'aurai patience. Il me suffit de savoir qu'elle soit chez elle.

MATHURINE

Ils sont cinq ou six là-haut qui attendent à la porte, et qu'elle fait entrer l'un après l'autre dans son cabinet. Elle leur montre là du plus fin.

LE .MARQUIS

On dit qu'elle en sait beaucoup.

MATHURINE

Oh! il n'y a point de femme plus habile qu'elle.

LE MARQUIS

J'ai oui assurer ((u'elle ne se trompe jamais.

MATHURINE

Elle n'a garde.

LE MARQUIS

Comment "?

-MATHURINE

Je ne dis rien. Vous n'avez qu'à lui demander ce que vous voudrez.

LE MARQUIS

Elle sait donc tout?

MATHURINE

Vraiment.

LE MARQUIS

C'est-à-dire qu'elle a toujours quelque diable en poche?

M.VTHURINE.

Elle ne me montre pas tout ce qu'elle a. Je vois seulement un gros vilain oiseau dans sa chambre, qui ne manque point à voler sur son épaule dès qu'elle l'appelle. Il lui fourre son bec dans l'oreille pour lui jargonner je ne sais quoi. Il a un bien laid langage que je n'eniends point; mais il faut bien qu'elle l'entende elle, car après qu'ils ont été ainsi quelque temps, elle n'a plus qu'à ouvrir la bouche pour prédire le passé, le présent et l'avenir.

LE MARQUIS

Et n'as-tu vu que cela?

JIATHURINE.

Oh! bien autre chose. Mais elle ne saitpas que je lai vu.

LE MARQUIS

El c'est ?

MATHURINE

Vous liriez dire, et puis on me chasserait.

LE MARQUIS

Je rirais dire?

MATHURINE

Voyez-vous, je ne gagnerais jamais autant autre part. Il y a Ijien des profits avec elle. J'oblige d'honnêtes gens qui sont pressés de la consulter. Je les fais monter avant les autres, et vous savez bien, monsieur...

LA DEVINERESSE, ACTE III, SCÈNE II

I,E MARQUIS

Ne crains rien de moi. Voilà deux pistoles pour assurance que je ne parlerai point.

MATHURINE

Vous êtes brave homme, je le vois bien, et il n'y a point de hasard à vous dire tout. Quand elle veut faire ses grandes magies, elle s'enferme dans un grenier où elle ne laisse jamais entrer personne. Je m'en fus, il y a trois jours, regarder ce qu'elle faisait par le trou de la serrure. Elle élait assise, et il y avait un grand chat tout noir, plus long deux fois que les autres chats, qui se promenait comme un monsieur sur ses pattes de derrière. Il se mit après à l'embrasser avec ses deux pattes de devant, et ils furent ensemble plus d'un gros quart d'heure à marmotter.

Voilà un terrible chat.

MATHURINE

Je ne sais s'il vit que je regardais par la serrure, mais il vint tout d'un coup se jeter contre la porte, et je la croyais enfoncée, tant il fit de bruit. Ce fut bien à moi à me sauver.

LE MARQUIS

Comment est-ce qu'on t'appelle ?

MATHURINE

Mathurine, monsieur, à votre service.

LE MARQUIS

Écoute, Mathurine. Je suis curieux, et je sais plusieurs secrets qui approchent fort de ce que fait madame Jobin. Elle t'emploie et quelque autre encore dans les magies? Vingt pistoles ne tiennent à rien. Je te les vais donner, tout présentement, si tu veux m'apprendre de quelle manière...

MATHURINE

Je pense, monsieur, que vous vous moquez. Vous êtes secret, et je ne m'aviserais pas de vous rien cacher, si elle m'avait employée à quelque chose. Mais c'est avec des paroles qu'elle fait tout, et si vous voulez savoir comment, il faut que vous trouviez moyen de faire amitié avec son chat; car il n'y a que lui qui le puisse dire.

LE MARQUIS

Tu crains...

MATHURINE

Tenez. Voilà une dame qui sort de son cabinet, demandez-lui si elle en est satisfaite. Je vais cependant lui faire savoir qu'on l'attend ici, afin qu'elle dépèche ceux qui sont là-haut.

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