SCÈNE VIII MADAME JOBIN, DU CLOS
DU CLOS
Je vous ai trouvé une admirable pratique. J'en ris encore, atissi bien que de la scène de l'enflure, où, comme vous savez, je n'ai pas mal joué mon rôle.
Et cette pratique, l'amenez-vous?
DU CLOS
Non, ce ne sera que demain. C'est la plus crédule de toutes les femmes, et vous n'aurez pas de peine ù la duper. Elle a un amant en tout bien et en tout honneur, comme beaucoup d'autres ; mais elle ne laisse pas de lui donner pension. Cela accommode le cavalier, qui a cependant une petite amourette ailleurs. La dame s'est aperçue de quelques visites, le chagrin l'a prise, et c'est là-dessus que je lui ai persuadé de vous venir voir. Comme je me suis fait de vos amis, elle m'a prié de l'amener, et si vous lui dites, mais d'une manière oîi il entre un peu de diableries, que son amant ne la trompe point, elle vous croira, et laissera le cavalier en repos. Il m'a promis un présent si j'en viens à bout, et c'est travailler de plus d'un côté.
MADAME JOBIN
Nous y penserons. Il suffit que nous ayons temps jusqu'à demain. Ce qui presse, c'est l'amant de notre comtesse d'Astragon. Il vient de partir d'ici avec elle, fort surpris d'un tour de magie qu'il n'attendait pas. II va revenir, et il nous embarrassera toujours, si nous ne trouvons à l'éblouir par quelque chose de surprenant.
DU CLOS
Rien n'est plus aisé. Faisons ce qui épouvanta si fort, dernièrement, ce cadet breton qui faisait tant le hardi.
MADAME JOBIN
Je crois que notre marquis n'en sera pas moins effrayé. Allez préparer tout ce qu'il faut pour cela, aussi bien que je vois monter une dame.