DU CLOS, MADAME DE CLÉRIMON'T
Entrez, madame.
MADAME DE CUÉBIMONT.
Non, je ne veux point entrer, et je me repeus bien d'être venue jusque ici. Ah! Ah!
DU CLOS
Qu'avez-vous?
MADAME DE CLÉRIMONT.
J'ai cru voir un démon tout noir derrière moi, et c'était l'ombre de ce gentilhomme qui descend.
DU CLOS
Remettez-vous. Voilà madame Jobiu.
MADAME DE CLÉRIMOXT.
Ah ! Ah! Eh, monsieur, priez-la de n'approcher |ias si près de moi.
LA DEVINERESSE, ACTE V, SCÈNE IV
DU CLOS
Je me mettrai entre vous et elle. Qu'avez-vous à craindre?
MADAME DE CLÉRIMONT.
Ses regards m'effraient. Qu'ils sont horribles !
C'est une imagination. Elle les a tournés comme une autre. (A madame Jobin). J'ai dit à madame que j'étais de vos amis, et que je vous prierais d'employer toute votre science pour lui apprendre ce qu'elle veut savoir de vous.
MADAME JOBIN
Quand vous ne l'amèneriez pas, son mérite m'obligerait à n'épargner rien pour la satisfaire.
MADAME DE CLÉRIMONT.
Voilà qui est bien honnête.
DU CLOS, à madame Jobin,
De votre mieux pour elle, je vous en conjure. C'est une femme intrépide, et qui n'aura point de peur, quoi que vous lui fassiez voir de surprenant.
MADAME DE CLÉRIMONT, bas.
Que dites-vous, monsieur"?
DU CLOS
Je dis que vous soutiendrez la vue des choses les plus effroyables. Ne montrez pas de crainte. Vous seriez perdue.
MADAME JOBIN
Je vois bien. Madame a 1 air d'une femme fort assurée.
MADAME DE CLÉBIMOXT.
Il est vrai. Je n'ai jamais peur de rien. {Bas ù Du Clos.) (;:omme elle devine tout, elle saura que je ne dis pas vrai.
Elle ne devine que les choses qu'on lui demande.
MADAME JOBK.
11 faut, madame , que vous me disiez vousmême ce que vous souhaitez de moi. N'ayez point de honte, je sais les secrets de bien d'autres.
MADAME DE CLIiRIMO^lT.
J'aime. Ah !
MADAME JOBIN"
Voilà bien de quoi. Et qui est-ce qui n'aime pas? Si vous saviez comme moi combien de gens sont attaqués de ce mal, vous seriez bien étonnée.
MADAME DE CLÉRIMONT.
J'ai cru longtemps qu'on m'aimait, mais depuis un mois j'ai quelque soupçon qu'on me sacrifie à une rivale. On prend toutes les précautions imaginables pour m'empêcher de le découvrir, et pour me persuader qu'on m'aime toujours.
DU CLOS, à madame Jobin.
Il vous faut tout dire. C'est que madame a extrêmement du bien, et comme elle sait qu'il est de l'honnêteté quand on aime que celui qui en a le plus en donne à celui qui en a le moins, elle
entretient un carrosse à son amant, et lui donne de quoi paraître.
MADAME JOBIN
Cela est d'une dame généreuse.
MADA.ME DE CLÉRIMONT.
Oui, mais je ne voudrais pas lui donner de quoi plaire à mes dépens, et si je savais qu'il me trompât, je lui retrancherais tout net le quartier que je lui dois.
MADAME JOBIN
Il serait bien juste.
MADAME DE CLÉRIMONT.
Mais aussi je serais fâchée de me brouiller avec lui, s'il était vrai qu'il n'aimât que moi.
MADAME JOBIN
L'affaire est fort délicate, et vous faites bien de cherchera vous éclaircir; car autrement, ou vous servirez de risée à votre rivale, ou vous perdrez votre amant en vous brouillant avec lui.
MADAME DE CLÉRIMO.N'T.
C'est raisonnerjuste.
DU CLOS , montrant madame Jobin.
Madame est une femme de bon sens.
MADAME JOBIN
Je vais tout à l'heure vous faire dire la vérité.
MADAME DE CLÉRIMONT.
Et par qui? Ah, je suis perdue! Elle va faire entrer quelque démon. Je m'en vais sortir.
DU CLOS
Cardez-vous-en bien. Il vous tordrait le cou à la porte.
Qu'avez-vous, madame ?
MADAME DE CLÉRIMONT.
Je me trouve mal, et je reviendrai une autrefois.
MADAME JOBIN
Il faut que je vous délace. Vous êtes peut-être trop serrée dans votre corps.
MADAME DE CLÉRIMONT, faisant signe que madame Jobin n approche pas.
Eh non. .\h!
DU CLOS, ù madame Jobin.
N'approchez pas de madame, elle est si délicate qu'on ne la peut toucher sans qu'on la blesse.
MADAME JOBIN
Je vois ce que c'est, madame a peur; mais qu'elle ne craigne rien. Au lieu de mes apparitions ordinaires, je vais seulement faire venir la tête de l'idole d'.\belanecus qui a tant parlé autrefois, et qui lui dira ce qu'elle a envie de savoir.