SCÈNE V
MADAME JOBIN , LE MARQUIS , GOSSELIN , déguisé en diable,
LE MAliriuiS.
Je ne sais ce que vous avez fait à une dame qui sort d'ici, mais je l'ai trouvée toute éperdue sur votre escalier, et si son conducteur ne la soutenait, elle aurait peine à gagner la porte.
MADAME JOBIN
Elle a été curieuse, et il a fallu la satisfaire.
LE MARQUIS
J'avoue qu'on a besoin de fermeté avec vous.
MADAME JOBIN
Il faut que vous en ayez fait provision, puisque vous vous hasardez à revenir.
LE MARQUIS
Vous m'avez si fortement répondu que ma vie ne courait aucun danger, que je reviens sur votre parole.
MAI)A.ME JOBIN
Oui, mais il est certain que vous aurez peur. Songez-y bien pendant qu'il est temps.
LE MARQUIS
Il faut que je vous confesse la vérité. Je fus un peu effrayé de ce qui parut hier devant moi. Vous le remarquâtes, et la honte qui m'est demeurée de ma faiblesse me fait chercher à la réparer.
MADAME JOBIN
Vous ne serez peut-être pas plus ferme aujourd'hui que vous ne le fûtes hier. La vue du diable est plus terrible qu'un corps par morceaux.
LE MARQUIS
J'ai promis de vous donner cent pistoles si vous pouviez me le faire voir, je vous les apporte. Si je tremble, j'aurai au moins l'avantage d'avoir vu ce que mille gens sont persuadés qu'oa ne saurait voir.
MADAME JOBIN
Si vous m'en croyez, gardez votre bourse. Vous voyez que je ne suis pas intéressée.
LE MARQUIS
Est-ce que vous ne pouvez me tenir parole?
MADAME JOBI.N.
Je ne le Jiuis? Moi ? (Elle fait des cercles et dit quelques paroles.) Douuez votre argent. On ne fait pas venir le diable pour rien.
LA DEVINERESSE, ACTE V, SCÈNE YI
Cela est fort juste. Prenez.
MADAME JOBIN
Vous allez voir un des plus redoutables démons de tout l'enfer. Ne lui marquez pas de peur.
LE MABOUIS.
Je ferai ce qui me sera possible pour n'en point avoir.
MADAME JOBIN
Regardez ce mur. Est-il naturel, bon, dur, et bien fait ?
LE MAROLIS.
Il a toutes les qualités d'un bon mur, mais pourquoi me le faire regarder?
MADAME JOBIiN.
C'est par là que le diable va sortir, sans qu'il y fasse la moindre ouverture.
LE MARQUIS
J'ai peine à le croire.
MADAME JOBI.N.
Allons, Madian, par tout le pouvoir que j'ai suivons, faites ce que je vous dirai. Montrez-vous. (^Monsieur Gosseliu commence ù paraUrc vêtu en diable.) LE MARQUIS.
Ah! que vois-je là?
MADAME JOBIX.
Quoi ! vous détournez les yeux? Si vous voulez, nous finirons là.
LE MARQUIS
Non, quand j'en devrais mourir de frayeur, je veux voir ce qu'il deviendra.
MADAME JÛBI.N.
Je le retenais afin qu'il ne pilt avancer vers vous. Ici, Madian, je vous l'ordonne. Vous reculez dès le premier pas qu'il fait? J'ai pitié de vous, je m'en vais lui commander de disparaître.
LE MARQUIS, arrêtant il. Gosselin et lui présentant le pistolet.
Parle, ou je te tue. Qui es-tu?
MADAME JOBI.N".
Qu'osez-vûus faire? Vous êtes perdu.
LE MARQUIS
Je me connais mieux en diables que vous. Parle, le dis-je, ou bien tu es mort.
MADAME JOBIN
{Il son des éclairs des deux côtés de la trappe.)
Vous allez périr.
LE MARQUIS
Votre enfer ridicule ni tous vos éclairs ne m'étonnenl pas. Si tu ne parles, c'est fait de toi.
M. GOSSELIX.
Quartier, monsieur, je suis un bon diable.
LE MARQUIS
.A.h! fourbe de Jobin, je savais bien que je viendrais à bout de t 'attraper. 11 faut dire la vérité, autrement...
MADAME JOBIN
Laissez-le aller, monsieur, vous serez content de moi.
LE MARQUIS
Non, je ne le laisse point échapper que je ne sois éclairci de tout. Veux-tu parler? Je tuerai le diable.
M. GOSSELl.N.
Eh! Monsieur, je ne suis qu'un pauvre procureur fiscal. Que gagneriez-vous à me tuer?
LE MARQUIS
Le diable, un procureur fiscal!
MADAME JOBI.N.
Ne faites point de vacarme, je vous en prie. On m'a payée pour empêcher votre mariage, voilà pourquoi je cherchais à vous tromper.
SCÈ-NE VI