‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1502 sur 1518 · BRADAMANTE, ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

BRADAMANTE, ACTE III, SCÈNE III

BOGER.

Ah! Ne me dites rien.

Dans ce fatal combat votre ennemi, sans doute, A craint ce (|u"aujourd'hui son triomphe vous coule Mais n'examinons point ce triste événement, Le ciel veut à Léon immoler votre amant; Ses ordres sont des loisqu'on ne saurait enfreindre: Encore un coup, de vousje n'ai pointa me plaindre. L'amour vous place au trône, et,quandvousy raon- 11 vous donne encor moins que vous ne méritez, [lez,

BRADAMANTE

Sur un trône éclatant Léon m'offre une place; Mais, si pour l'accepter j'avais l'àme assez basse, Roger, qui doit tout faire afin de m'acquérir. M'aimerait-il si peu qu'il le voulut souffrir?

BOGEB.

Et comment éviter ce qui me désespère.

Quand vous avez rendu votre hj-men nécessaire?

Ce funeste défi qu'autorisa le roi,

N"a-t-il pas au vainqueur engagé votre foi?

BRADAilAME.

J'ai promis, il est vrai, je ne puis m'en dédire, Je dois subir la loi que j'ai voulu prescrire ; Mais cet engagement vous ôte-t-il les droits Que sur moi, sur mon cœur vous donne un premier Verrez-vous de Léonréconipenserlaflamme, [choix? Sans que par mille efforts votre amour...

BOGER.

Ah, madame!

Dans l'état déplorable où le destin m'a mis. Quels efforts contre lui peuvent m'ètre permis? Lorsque je n'ai pour vous sceptre ni diadème. Ce trop heureux rival vous place au rang suprême. Confus, sans nul espoir qui doive m'animer, Que puis-je faire?

BRADAMAXTE.

Tout, si vous savez aimer.

Arrachez-moi le sceptre, ôtez-moi la couronne. Loin de vous en blâmer, c'est moi qui vous l'ordon- Pour un cœur généreux qui sait les dédaigner, [ne. Vivre avec ce qu'on aime est plus que de régner.

BOGEB.

Quand d'un pareil dessein le mien serait capable, Léon...

BRADAMANTE

Léon pour vous est-il si redoutable?

Et Roger que jamais les plus sanglants combats...

BOGEB.

Viennent cent ennemis, je ne les craindrai pas, Seul contre eux, sans trembler, je saurai vousdéfen-

[dre ; Mais unrcvers affreux qui nesepeutcomprendre, Me rendant de moi-même ennemi malgré moi, Dès que Léon... Mes maux... J'en suis saisi d'effroi. Si vous pouviez savoir quel rigoureux martyre... Madame, plaignez-moi, je n'ai rien à vous dire.

BRADAMANTE

Ce trouble m'en dit trop, et je commence à voir Ce que me cache en vain un trompeur désespoir.

Quil'eùlcru? Vous brûlez d'une flamme nouvelle; Et, n'osant vous résoudre à paraître infidèle, Vous voulez que Léon, devenu mon époux, Vous mette en liberté de disposer de vous ; Que prêtant une excuse à votre amour timide...

ROGER

Quoi, vous pouvez penser que mon cœur...

BBADAJIAXTË.

Oui, perfide, Un autre objet te charme, et j'ouvre cnlin les yeux Sur ce qui t'a banni si longtemps de ces lieux. C'est peu que pour Léon tu reviennes sans haine, Lui dont par toi la mort semblait être certaine, Tu souffres qu'au combat il prévienne ta foi, Pour t'enlever un prix qui n'était que pour toi, Et, quand tout est permis à ta juste colère. Tu m'oses demander ce que mou bras peut faire?

ROGER

Juste ciel ! de ma flamme on peut se défier.

BRADAMANTE

Eh bien! il t'est aisé de te justifier. Si ton cœur est constant, ta main doit être prête. Marche, cours, à Léon arrache sa conquête, Par un beau désespoir, cherche à te secourir. Ou donne-moi du moins l'exemple de mourir. Rien ne m'arrêtera quand il te faudra suivre.

BOGEB. [vre?

Pour moi, pour mes malheurs vous cesseriez de vi- Non, de mon imprudence ils sont le juste effet; Et je dois...

BBADAMANTE.

C'en est trop, tu seras satisfait. Léon est mon vainqueur, tu veux que je l'épouse. J'y consens; necrainspoint que j'éclate enjalou- Et que, par un indigne et bas emportement, [se, Je permette l'injure à mon ressentiment : De ton cœur aveuglé suis la pente fatale. Va triompher du mien auprès de ma rivale, Et jouis, si tu peux, en violant ta foi, Des douceurs d'un repos qui t'était sur par moi. Tu le sais. Quel bonheur eût approché du nôtre? Il n'y faut plus penser, je vivrai pour un autre. Je ne le cache point, mon devoir étonné Des troubles de mon cœur se trouvera gêné; Mais peut-être à ton tour tu sentiras mes peines, Et, sous le poids honteux de tes nouvelles chaînes, Regrettant mon amour, tu te repentiras D'avoir pu vi^Te heureux, et de ne l'être pas.

ROGER

Je vous l'ai déjà dit, madame, il faut me taire ; Mais si vous connaissiez...

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