‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1504 sur 1518 · SCÈNE IV ROGER, MARPHISE, ISMÉNE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV ROGER, MARPHISE, ISMÉNE

ROGER

Croire qu'à me trahir la couronne l'engage! Perdez, ma sœur, perdez un soupçon qui l'outra-

MARPHISE. [ge.

Ah ! mon frère! Pourquoi vouloir vous abuser? Sa langueur au combat se peut-elle excuser? Léon, dont on voyait l'inquiétude extrême, Tâchait, en reculant, d'épargner ce qu'il aime; Et son bras, que sa vue avait intimidé, N'aurait jamais vaincu si le sien n'eût cédé. Non, on ne comprend pas dans l'orgueil qui l'ins- ROGER. [pire...

Je sais, je comprends tout, etje ne puis rien dire. Si pendant le combat son bras s'est retenu. De ce qui l'arrêtait le pouvoir m'est connu. Prête à verser du sang, l'horreur qui la désarme D'un ascendant secret me découvre le charme; Je vois ce qu'elle-même elle n'a pu savoir. Ce qui m'arrive, ô ciel, se peut-il concevoir; Adieu, ma sœur, cessez d'accuser Bradamante, C'est offenser sa gloire, elle a l'âme constante; Et de tous les amants qui brûlent de beaux feux Je suis le plus à plaindre, et le plus malheureux.

MARPHISE, ISMÈN'E.

MARPHISE

Dans quel aveuglement sa passion le jette ! II veut de Bradamante excuser la défaite; Et quand Léon triomphe, et qu'on l'ose épargner, II cherche à ne pas voir qu'elle aspire à régner.

ISMÈXE.

Si son ambition l'emportait sur sa gloire,

A quoi bon ce combat? Pourquoi cette victoire?

Puisque Léon s'offrait...

MARPHISE

J'en juge mieux que toi.

Si ses premiers refus ont soutenu sa foi.

Elle a voulu cacher sa lâche indifférence. Et paraître forcée à manquer de constance. Vingt fois elle triomphe, et quand Léon combat, Elle n'a plus de bras, son courage s'abat I

ISMÉNE.

Quand elle aurait changé, sa faute est excusable. Par mille qualités Léon est estimable; Vous-même à leur éclat vous laissant éblouir...

MARPHISE

Le crime est fait, il faut l'empêcher d'en jouir. Par mon propre intérêt à ce crime sensible...

ISMÉNE, monlraiu Léon qui entre.

Madame...

MARPHISE, LÉON, ISMÉNE.

MARPHISE

Prince, on veut vous nommer invincible.

Aux plus vaillants guerriers qu'on ait ou'i vanter. Jusqu'ici Bradamante avait su résister; Et puisqu'elle vous cède, on a sujet de croire Qu'avec vous en tous lieux vous traînez la victoire. Elle vous est soumise, et vous lui commandez.

LÉON. [dés;

L'amour sur tous les cœurs a des droits bien fon- Et brûlant d'une flamme aussi pure qu'ardente, J'ai dû l'avoir pour aide à vaincre Bradamante.

MARPHISE

Elle est votre conquête, et se donnant à vous. Sans doute, elle remplit ses désirs les plus doux. Mais avant le défi qu'on lui permit de faire. Elle était engagée à Roger, à mon frère, Il l'aime; etje prétends, les armes à la main. Quand votre hymen s'apprête, eu rompre le des- LÉON. [sein.

Je dois peu redouter cette fière entreprise, [phise; Lorsqu'on vainc Bradamante, on peut vaincre Mar- Et s'agissaut pour moi d'un bien si plein d'appas. Tout l'univers armé ne m'étonnerait pas; Mais contre cet hymen ma surprise est extrême De ne voir pas Roger se déclarer lui-même. J'apprends qu'il est ici. Qu'il se montre, il est beau Que par lui mon triomphe ait un éclat nouveau. A l'objet de mes vœux s'il o.se encor prétendre, S'il y garde des droits, qu'il vienne les défendre. Comme c'est un rival digne de ma valeur, Je l'accuse déjà de trop peu de chaleur, Et crois ne pas jouir assez de ma victoire. Tant qu'il laisse manquer sa défaite à ma gloire.

MARPHISE

A l'espoir d'un vainqueur tout semble être permis. Mais cet espoir pourrait vous avoir trop promis. Marphise que jamais le péril n'épouvante. Saura mieux résister que n'a fait Bradamante; Et Roger, dont l'amour pressera le courroux, Plusque Marphise encore esta craindre pour vous.

LÉON

Si l'ardeur du courage à l'amour se mesure,

BRADAMANTE, ACTE IV, SCÈiNE I.

Aimant plus que Roger, la victoire m'est sûre; Quelque valeur qu'il ait, c'est ce qu'il conuaitra; Qu'il vienne, qu'il paraisse.

SIAKPHISE.

Hé bien, il paraîtra.

J'aime qu'à mon dcfi ce noble orgueil réponde, Mais j'ai parlé : prenez un bras qui vous seconde, Si Bradamante veut avec vous s'engager.

Je combattrai contre elle, et vous contre Hogcr.

LÉON

Quoiqu'on doive être sûr de sa valeur extrême, Un amant n'a jamais exposé ce qu'il aime. Mais puisque ce combat a pour vous tant d'appas. Sans peine je saurai trouver un autre bras. Obtenez seulement que le roi le permette. Du choix que je ferai vous serez satisfaite. Surtout arrêtez l'heure, et m'en avertissez; Léon qui l'attendra sera prêt.

MARPHISE

C'est assez.

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