SCÈNE I ROGER, DORALISE
nOGER.
Non, je ne prétends plus exposera sa vue Le déplorable excès du tourment qui me tue; Je pars, et vais traîner eu d'inconnus climats Des jours infortunés qui ne lui plaisent pas. Mais au moins, si tu veux qu'en cette juste envie. Avec moins de regret j'abandonne la vie, Dis-lui cent fois pour moi que, malgré sa rigueur, Elle seule à jamais régnera dans mon cœur ; Et que si d'un objet que d'aimer on fit gloire Au delà du tombeau l'on garde la mémoire, Son image toujours flattant le souvenir, M'y fera celte paix qui ne doit point finir.
DORALISE.
Pour uu cœur bien épris la disgrâce est touchante; Mais si votre bonlieur dépend de Bradamante, Sans combattre Léon pourrez-vous endurer...
ItOGER.
Non, Doralise, non, j'aurais tort d'espérer. Je ne m'explique point ; mais le ciel en colère Fait agir pour ma peine un astre si contraire, Que plussur mon malheur je tiens lesyeux ouverts. Plus a d'horreur pourmoi l'abîme où je me perds.
DORALISE.
Dans cet accablement on ne peut trop vous plaindre.
ROGER
Tu connaismal, hélas! tout ce que je doiscraindre. Fallait-il qu'un revers si prompt, si rigoureux Dans un si pur amour m'empêchât d'être heureux'?
DORALISE.
Léon fait vos malheurs, et par son hyménée Vous dérobant la foi que l'on vous a donnée...
ROGER
Ah,quaQdjelareçus, que mon bonheurfut grand ! Mais n'examinons rien dans ce qui te surprend. Bradamante m'accuse, et me croit infidèle; Sur l'hymen de Léon à quoi se résout-elle? Mon malheur lui devrait coûter quelques regrets.
DORALISE.
Aimon pour cet hymen ne parle que d'apprêts : Tandis qu'il les ordonne, elle gémit, soupire; Et pour vous, dansson cœur, s'il m'est permisdelire. L'ennui qu'elle fait voir, ne se doit imputer... Mais Léon qui parait m'oblige à vous quitter.