‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 18 sur 1518 · D. I-KLIX · texte numérisé non relu

D. I-KLIX

La rougeur de Ion front le l'ait assez paraître.

Ces reproches sanglants, il est vrai, la font naître; Mais sachez qu'elle marque en cette occasion Plus de colère en moi que de confusion.

D. FÉLIX

Autrefois, Isabelle, elle eût pu me déplaire, Mais perdant ton amour, je crains peu ta colère.

La vôtre vous emporte, et se croit tout permis; Mais que je sache au moins quel crime j'ai commis? Qu'est-ce enfin? Réatrix est-elle ma complice?

D. FÉLIX

Oui. Je me plains sans doute avec trop de justice; Seul je règne en ton âme, et jusques à ce jour Uon Fadrique jamais ne t'a parlé d'amour?

Quel est ce don Fadrique, et quelle jalousie Vous a mal à propos brouillé la fantaisie?

D. FÉLIX

Tu crois me satisfaire en niant jusqu'au bout; Mais ne rien confesser, c'est confesser le tout. Me ferais-tu pas mieux, ingrate, de me dire : « Il est vrai que pour moi don Fadrique soupire; Mais en vain, me montrant un cœur passionné. Il croit toucher celui que je vous ai donné. Si mon feu, malgré moi, s'est fait enfin parailre, Si vous l'avez de nuit trouvé sous ma fenêtre. S'il rend par ses billets hommage à mes appas. C'est l'effet d'un amour que je n'ap|)rouve pas. » Mes maux dans ce mensonge auraient quelque allé- Et tu t'excuserais au moins en apparence, [geance, Un semblable détour serait moins odieux : Mais oser démentir ce rapport de mes yeux!

S'ils osent vous tromper en cette conjoncture, Dois-je, pour me trahir, taire leur imposture? Maisjecommenceà voir que pour rompre avec moi, Vous-même, à votre gré, vous engagez ma foi. Si c'est là, don Félix, le désir qui vous presse, Conduisez votre fourbe avecque plus d'adresse; Et sans qu'un inconnu prétexte ce courroux, Des soins de don César feignez d'être jaloux : Car enfin il me parle, et l'on vous a pu dire Que depuis quelque temps c'est pour moi qu'il soii- D. FÉLIX. [pire.

Quoi, don César eucor? Quel remède à mon mal ! C'eût été peu pour moi de n'avoir qu'un rival; Mais je m'en plains à tort, ta beauté sans seconde Mérite justement les vœux de tout le monde. Ah! volage, inconstante, âme double et sans foi ! Adieu. N'espère pas...

Au moins, écoutez-moi.

1). FÉLIX

Après ce que je sais, qu'écouterai-je encore?

Sachez...

D. FÉLIX

Outre ces deux, qu'un troisième t'adore?

Voyez...

n. FÉLIX, s'en allant.

.\li ! j'ai trop vu, parjure.

ISABELLE, l'arrêlanl.

OÙ courez-vous?

Quoi, me quitter ainsi ?

D. FÉLIX

Crains mon juste courroux, Et qu'un père, averti de tes lâches pratiques. Ne rende ma vengeance et ta honte publiques.

iSABELLi:, rentrant.

Oui, va, je te permets de l'aller publier; Et j'ai pris trop de soin de me justifier. Suis d'un transport honteux la passion confuse. Tu ne mérites pas que je te désabuse.

D. FÉLIX

Il faut mourir, .\lonse, après ce coup fatal. 0 beauté trop volage! 0 trop heureux rival !

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