‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 209 sur 1518 · L'AMOUR A LA MODE, ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

L'AMOUR A LA MODE, ACTE II, SCÈNE VI

Combien de visions accompagne cet âge!

LISETTE

St, st, mon cavalier, tournez un peu visage.

ORONTE

Qui m'appelle?

C'est moi : ne me voyez-vous pas ?

ORONTE

Un nuage importun me cache vos appas,

Et pour moi cette coiffe est un supplice extrême ;

Est-ce ainsi que l'on doit agir lorsque l'on s'aime?

LISETTE

Le compliment est doux, et c'est bien débuter. Nous nous aimons l'uu l'autre?

ORONTE

11 n'en faut point douter.

LISETTE

Hé bien, je le crois donc puisque vous me le dites : C'est réciproquement l'effet de vos mérites, Mais j'avais jusqu'ici vécu sans le savoir.

ORO.NTE.

Je suis moi-même encore à m'en apercevoir; Mais ou tient que l'amour par sa toute-puissance Se glisse dans nos cœurssaiis quenièmeon y pense ; Et si cette maxime est valable en ce cas. Nous pouvous nous aimer, et ne le savoir pas.

LISETTE

Vous ne manquez jamais à trouver vos défaites : Ce n'est pas d'aujourd'hui que je sais qui vous êtes, Et que j'ai reconnu que votre affection D'ordinaire est un peu sujette à caution : Me trompé-jc?

[Elle lève sa coiffe.)

Ah, c'est toi ! L'agréable surprise !

Lisette, qu'aujourd'hui le ciel me favorise ! Te revoir est un bien que j'estime...

LISETTE

Tout doux.

Je sais trop de quel bois on se chauffe chez vous. Écoutez seulement un message qui presse.

ORONTE

Un message ? Et de qui ?

LISETTE

C'est de votre maîtresse.

ORONTE

Ce sera donc de toi.

LISETTE

Sans doute, il est bon là.

Dorolée...

ORONTE

Il suffit, j'entends fort bien cela.

LISETTE

Souffrez...

ORONTE

Non, non, je vois le sujet de ta plainte. Pour elle assurément tu me crois l'àme atteinte, Mais ne t'alarme point, quoi que l'on t'en ait dit, Je lui trouve aussi peu de beauté que d'esprit;

Ses grâces la plupart sont grâces empruntées, Et tu vaux âmes yeux cinquante Dorolées.

LISETTE

Vous pensez vous railler, monsieur, mais sur ma J'en vaux bien tout au moins une pire que moi. [foi,

ORONTE

Je meure si tes yeux n'ont sur moi tant d'empire Que...

LISETTE

J'en crois plus encor que vous ne sauriez dire. Et n'en fais point ici la sucrée avec vous. Mon visage a des traits qui ne sont pas si doux; Mais d'ailleurs leur rudesse est assez réparée Pour ne me croire pas tout à fait déchirée : Cet air n'est pas tant sot, ce port est peu commun, Et la coiffe abattue on me prend pour quelqu'un : Voyez.

(Elle abaisse sa coiffe.)

ORONTE

Ta gaie humeur soutient ta bonne mine.

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