‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 235 sur 1518 · SCENE V LUCIE, ORONTE, LISETTE, CLITON · texte numérisé non relu

SCENE V LUCIE, ORONTE, LISETTE, CLITON

ORONTE

Je puis donc vous revoir, adorable Lucie ?

LUCIE

La joie en est commune, et c'est avec regret Que je vous vois quitter la douceur du secret : Vous étiez, je m'assure, en haute confidence?

ORONTE

Quoi, vous me soupçonnez de quelque intelligence, Et croyez sa rencontre un secret entretien? Clitonsait...

CLITON

Oui, mon niailrc est un amant de bien. LUCIE, montrant Lisette.

Donc ce nouvel objet qui paraît à ma honte...

CLITON

Il lui parlait d'amour, maisc'otail pour mon compte.

ORONTE

Si vous croyez ce fou...

Je sais ce que je voi, Et suis bien résolue à n'en croire que moi.

ORONTE

Quoi donc, c'est tout de bon que vous jurez ma perle?

LUCIE

La persécution que pour vous j'ai soufferte, Qua nd un frère obstiné pour Florame aujourd'hui...

ORONTE

Aussi sans vanité vaux-je un peu mieux que lui,

L'obéissance irait à votre préjudice.

Et vous vous obligez en me rendant justice.

LUCIE

Gardez que pour punir votre présomption. Je n'ose enfin la rendre à son affection.

ORONTE

Quitte de trois soupirs à grossir l'ordinaire. Mais consultez-vous bien avant que d'en rien faire, Surtout de votre cœur obtenez-en l'aveu.

LUCIE

Quoi, ma perte en effet vous toucherait si peu ?

ORONTE

Quoi, vous vous trahiriez, et j'aurais la folie De me donner en proie à la mélancolie? S'en pique désormais qui voudra s'en piquer : La douleur hier au soir pensa me suffoquer. De Florame et de vous ayant su la pratique, Je vins au rendez-vous, confus, mélancolique, J'y pleurai, j'y gémis, soupirai de mon mieux, Et fis ce que je pus pour mourir à vos yeux ; Mais j'en trouve l'usage uu peu trop incommode. Et tiens qu'il n'est rien tel que d'aimer à lamodç.

LUCIE

Dites à votre mode, en trompeur, en ingrat.

ORONTE

L'amour en est plus gai, s'il est moins délicat;

L'AMOUR A LA MODE, ACTK IV, SCÈNE Vif.

Et quand on s'y résout, jamais de jalousie, Jamais...

LUCIE

Donc sans raison mon àme en est saisie, Et je dois démentir le rapport de mes yeux ?

OElON'llC.

i' Les détourner à gauche est quelquefois le mieux : Faisons que cette règle entre nous soit commune, Vivons à cœur ouvert, sans défiance aucune; L'un l'autre sans soupçon croyons-nous sur la foi, Je n'en ai point de vous, n'en ayez point de moi : Quand je vous le dirai, croyez que je vous aime. Quand vous me le direz, je le croirai de même; Tant qu'ainsi nous vivrons, notre marché tiendra. Au moindre changement notre marché rompra.

LUC[E

Le véritable amour a des lois plus sublimes. Nous en ferions un monstre en suivant ces maximes.

Les suivant comme il faut, nous ferions seulement Qu'il serait un plaisir, et non pas un tourment.

LUCIE

Ah ! Qui dans sonamourvoitlemoindre partage, S'il n'en meurt de douleur,doitmanquer de courage.

OlIONTE.

S'il fallait qu'en effet cette maxime eût cours. Nous serions en danger de mourir tous les jours. Est-il légèreté comparable à la vôtre"? [l'autre. Tout le sexe est changeant, hier l'un, aujourd'hui LUCIE. [heur;

Feignez pour mieux fourber, de craindre ce mal- Mais combien après tout en sont morts de douleur ? A ces fâcheux revers combien n'ont pu survivre?

ORO.NTE.

L'exemple est dangereux, je renonce cà le suivre.

LUCIE

Pour un si bel effort votre cœur est trop bas.

ORONTE

L'entreprenne qui veut, je lui cède le pas. [tyre. Quand je mourrais pour vous d'angoisse et de mar- Etque deux ou trois jours on vous entendrait dire, « C'était un brave amant, c'est pour moi qu'il est

[mort.

Hélas ! j'en ai regret : » j'y gagnerais très fort.

LUCIE

N'est-ce rien qu'acquérir une illustre mémoire ?

ORONTE

Me préserve le ciel d'une si triste gloire.

Cependant vous direz encor que vous m'aimez ?

OROXTE.

Consultez-en mon cœur, ce cœur que vous charmez.

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